"Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" – Jean-Paul Dubois

Paul Hansen est en cellule dans une prison canadienne proche de Montréal, au Canada.

Cela fait deux ans que Paul cohabite dans la même cellule avec Patrick Horton, un détenu amateur des motos Harley, qui a tué un Hell’s Angel…

Mais pourquoi donc Paul s’est-il retrouvé incarcéré? Pourquoi ne regrette-t-il pas ses actes chaque fois qu’il rencontre Gaetan Brossard, l’homme chargé de l’étude des remises de peine ? Pourtant Patrick,son voisin de cellule attentionné, lui qui connait si bien les rouages de la prison, lui donne de bons conseils…Non Paul veut purger sa peine. 

Alors, Paul ne bénéficiant d’aucune faveur, reste incarcéré, aux cotés d’un homme menacé de pendaison. Il doit faire face aux fouilles, à la violence de la prison. 

Pourquoi, pourquoi?

Une question dont nous n’aurons la réponse que vers la fin du livre. Cette attente n’est pas perturbante. Loin de là.

C’est l’occasion pour lui de nous raconter sa vie, une vie d’ancien super-intendant dans un immeuble…il était chargé de l’entretien de l’immeuble et de sa piscine…et à l’occasion, il assistait les locataires, aidait les petites vieilles…bref il était bien éloigné de l’image qu’on se fait d’un détenu.

Son père était un pasteur dont il avait honte. Oui,  honte de son métier. Alors, comme son père est d’origine danoise, il le faisait passer pour un importateur de farine de poisson.

Maman quant à elle gérait un cinéma…Elle trouva le filon pour faire marcher sa petite salle, et Paul assistait gratuitement aux séances. Une part de sa formation fut faite grâce aux films….

En nous racontant sa vie Paul Hansen et surtout Jean-Paul Dubois nous font vivre en filigrane toute la période des années 60 – 70, l’époque de leur jeunesse, de ma jeunesse.

Alors oui, l’histoire que nous raconte Jean-Paul Dubois est simple, presque banale, mais surtout il transporte le lecteur dans une époque révolue, qui fait ma nostalgie…une époque moins égoïste, insouciante aussi. Et surtout, jamais, au grand jamais il n’oublie la petite touche d’humour qui fait du bien.

Oui j’aurais pu être dans la même classe que Paul et Jean-Paul, nous avons le même âge.  Il m’ont rappelé les bagnoles sans ceinture de sécurité, les églises bondées, l’arrivée du porno dans les petites salles de cinéma, la NSU à moteur rotatif….et j’en passe, sans compter la découverte du Canada de ses lacs et de ses grands espaces idylliques, mais aussi de ses mines d’amiante, polluantes et tueuses…. 

Les personnages ont souvent beaucoup d’humanité et d’ouverture aux autres. A part certains. Rares sont ceux qui n’attirent pas la sympathie. Les personnages ont souvent beaucoup d’humanité et d’ouverture aux autres. Rares sont ceux qui n’attirent pas la sympathie.

Qu’ils soient en prison ou non, ils sont souvent tendres, bienveillants, ouverts aux autres.

Et puis, il y a l’avion, celui de la couverture, et Winona Mapachee, femme métisse….

Ce roman fait du bien.

Mais le Prix Goncourt est-il justifié?

Éditions de l’Olivier – 2019 – 245 pages


Lien vers la présentation de Jean-Paul Dubois


Quelques lignes

  • « Ici, la nuit venue, un prêtre déclassé viendra dire en vitesse une messe réglementaire pour les amateurs de génuflexions, et sans y croire vraiment, promettra à chacun d’être, un jour, assis à la droite de son créateur, avant de filer au plus vite respirer l’odeur juvénile d’une chorale d’enfants de chœur. Quant à nous, kouffars, impies, brigands occasionnels et criminels musculeux, nous aurons droit à une double part de poulet brun sauce gravy accompagné d’une sorte de moelleux à la vieille crème d’érable. » (P. 24)
  • « Les célébrations catholiques m’ont toujours semblé surgir d’une autre époque, d’un autre monde, d’un âge sombre. Vêtus comme des empereurs incas, les célébrants marmonnent des incantations surjouées dans une langue morte, mélangent l’eau et le vin, bénissent un quignon de pain, et lors de la séquence dite de la « transsubstantiation » prétendent métamorphoser la vieille tranche d’azyme en une colombe divine. » (P. 89)
  • « Lorsque vous mourrez, même si, ici au Canada, les choses sont un peu différentes, votre véritable valeur posthume dépendra peut-être du vice d’un avocat, de la vertu d’un adjuster, du passé qui fut le vôtre, du futur que vous n’aurez jamais, de la couleur de votre peau, de votre manque de pot et aussi de vos aptitudes en matière de sexualité “satisfaisantes et fréquentes”. » (P. 164)
  • « La vie, c’est comme les canassons, fils : si elle t’éjecte, tu fermes ta gueule et tu lui remontes dessus tout de suite.» (P. 227)

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