« Une histoire des abeilles » – Maja Lunde

« Les oiseaux aussi se faisaient rares souffrant de la pénurie d’insectes, mourant de faim, comme tout le monde. »

Nous sommes en 2098, les abeilles ont disparu de la surface de la terre, alors l’Homme toujours inventif a créé une nouvelle race de poules, des poules dont les plumes servent à polliniser les arbres. C’est en 1980 que tout ceci a commencé en Chine. Et des petites mains, des femmes pollinisent les arbres…à la main, accompagnées parfois de leurs gamins. Elles travaillent au sifflet, avec interdiction de parler. Époque bénie, où elles ne sont pas gênées par les mouches, les guêpes ou les abeilles…elles aussi ont disparu de la surface de la terre.

Dystopie…pas certain, il suffit de s’intéresser au jardinage, d’avoir un balcon avec quelques fleurs..et quelques dizaines d’années au compteur, pour affirmer, sans se tromper que « de mon temps…. »

On connaît la suite. La Chine sert de cadre à cette dystopie. Un gamin accompagne sa mère dans les vergers…il disparaît, on le retrouve inconscient. Les époques se télescopent.

Maja Lunde nous transporte avec le même bonheur, pour le lecteur, dans les années 1850.William souhaite déposer un brevet et présenter sa ruche révolutionnaire : elle comporte des cadres amovibles et s’ouvre par le haut. C’est la ruche que nous connaissons.

Une époque que nous ne verrons pas, et une autre que nous n’avons pas connue…

Et 2007…que nous avons tous connu…pourquoi cette date? Parce que c’est l’année au cours de laquelle des colonies d’abeilles ont commencé à disparaître de façon inquiétante. Les apiculteurs qui transportaient par camion leur ruche, d’une région à l’autre pour polliniser les vergers ont retrouvé leurs ruches sans aucune abeille…un mal qui se poursuit encore.

Trois époques, trois plaisirs de lecture…et une inquiétude qui devrait tous nous faire réfléchir à notre monde, passé, présent et à venir..

Le Monde du Glyphsate, celui des pesticides dans les champs de blé, dans les vergers, dans nos maisons avec ces bombes insecticides qui puent..les plus anciens se souviendront de ces plaisirs simples que nous avions à capturer les mouches sur les vitres, de ce papier à mouches qui pendait aux lustres, de ces abeilles dans la jardins…

Notre monde aseptisé prive nos petits enfants de ces souvenirs, prive nos champs de ces abeilles, et nous fait acheter des fruits et légumes calibrés, formatés, normalisés…de la M….

En confrontant ces trois époques, avec les abeilles comme fil conducteur, Maja Lunde, nous pousse à nous interroger sur ce monde de chimie..avons nous le droit moral et humain de leur laisser ce monde, cette vie, calibrée, formatée, uniforme, sans défaut, une vie au cours de laquelle nous aurons détruit ces animaux nuisibles, depuis le moustique jusqu’aux renards…une vie vers laquelle le plus grand des nuisibles à la vie, l’Homme, court sans s’en rendre compte.

On attribue ces propos à Einstein, à tort semble-t-il : « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, il ne resterait plus que quatre ans à l’homme. Plus d’abeilles, plus de pollinisation, plus de plantes, plus d’animaux.« 

Plus d’Homme.

Par contre, il semble que 40 % environ de notre alimentation dépend des abeilles. Sans elles, moins de fruits, de légumes, de protéagineux et d’oléagineux.Ça vaut le coup d’y réfléchir un instant !

« Cent ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la terre, telle que l’homme l’homme moderne l’avait connue, n’était plus en mesure d’accueillir ses habitants. En 2045, il n’y avait plus aucune abeille sur la planète.  » (P. 343)

Éditions Les Presses de la Cité – 2017 – Traduction par Loup-Maëlle Besançon – 394 pages


Lien vers la présentation de Maja Lunde


Quelques lignes

  •  » Nous devions tous travailler et faire pousser les aliments destinés à nous nourrir, nous disait-on. Chacun de nous devait contribuer à l’effort collectif, enfants  compris. Car qui a besoin d’aller à l’école quand les réserves de blé s’épuisent? Quand les rations diminuent de mois en mois ? Quand on se couche le soir la faim au ventre? » (P. 15)
  • « Le livre avait été publié en 2037, quelques années avant que l’Effondrement devienne réalité et que les insectes pollinisateurs disparaissent de la surface de la terre. » (P. 38)
  • « L’histoire était la même à chaque fois. des ruches en bonne santé, un stock de nourriture suffisant, un couvain et tout ce qu’il fallait. Et puis, en l’espace de quelques jours, de quelques heures même, les abeilles disparaissaient, abandonnant leur reine et tout le reste. Et ne revenaient jamais. » (P. 99)
  • « Tous ceux qui élevaient des abeilles le savaient: ce n’était pas le miel qui rapportait gros. C’était la pollinisation. » (P. 117)
  • « Il fut établi qu’en Europe, en 2014, sept milliards d’abeilles avaient disparu. Comment l’expliquer, alors même que les produits en cause avaient été éliminés ? certains accusèrent encore les insecticides : la terre en avait été tellement abreuvée pendant des années qu’elle continuait de contaminer les abeilles. » ( P. 322)
  • « Sans abeilles, des milliers d’hectares de terres cultivées n’étaient plus fertiles. Les champs en fleurs ne donnaient plus de baies ; les arbres ne donnaient plus de fruits. Les pommes, les amandes, les oranges, les oignons, les brocolis, les carottes, les myrtilles, les noix, le café : tous ces produits agricoles autrefois abondants devinrent brusquement des denrées rares. » (P. 323)

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