« Le grand monde » – Pierre Lemaitre

« Si tu expliques trois fois un truc à quelqu’un et qu’il ne comprend pas, c’est un imbécile. Mais si, à la fin il est certain de l’avoir compris mieux que toi, tu as affaire à un con. » (P. 21) 

Cette petite phrase, curieusementa résonna avec mon actualité du jour, avec des engagements associatifs qui donnaient un sens à ma vie…une petite phrase qui me questionna, me raisonna et qui me poussa à quitter des personnes toxiques autour de moi…ce n’était que le début de mon histoire du moment…d’un ras le bol personnel. 

Le hasard nous joue parfois des tours, surtout quand il résonne avec une actualité personnelle…et ce hasard fut cette lecture du moment!


« Le Grand Monde » nous conte plusieurs destins, des destins familiaux qui se croisent, se chevauchent, se complètent, des destins en miroirs…

Papa Pelletier a fait fortune à Beyrouth, il gère la savonnerie familiale, qu’aucun des enfants ne veut reprendre.

Etienne, l’un des fils, vit une passion amoureuse avec Raymond, un légionnaire parti combattte les Vietminh….Raymond ne lui donne pas de nouvelle. Nous apprenons, avant lui, dès les permières pages, qu’il a été tué de façon horrible. Il restera présent à nos esprits, et surtout dans le coeur d’Etienne, qui le recherche et qui se fait embaucher à Saïgon à l’Agence Indochinoise des monnaies…Là, il donne son aval aux transactions financières entre la France et le Vietnam….transactions pouvant donner lieu à de vives spéculations.

Un grand destin s’ouvrait à Jean, l’un des fils de famille…celui de reprendre la direction de l’entreprise familiale, mais très vite, il montra son incompétence..il n’a qu’une compétence de  looser professionnel, comme on dirait trivialement aujourd’hui. Il rate presque tout ce qu’il entreprend sur le plan professionnel. Il a épousé Geneviève qui n’a pour ambition que la vente de vieux tissus et de frippes à Paris…des frippes d’origines douteuses. Jean est aussi un détraqué dangereux dans l’âme, courant perpétuellement après l’argent. Un détraqué qui fait aussi courir la police…

Son épouse est une spécialiste des gâteries..!

François quant à lui se lance dans le journalisme, celui des manchettes en première page, des titres racoleurs façon France-Soir…il est ambitieux et, pour compléter le tableau familial, on trouve Hélène, la fille de la famille

Les parents sont des gens bien sous tous rapports, en apparence, mais au lourd passé, on l’apprendra plus tard….

Deux enquêtes parallèles forment le fil directeur du roman.

La première est relative à la recherche par Etienne de Raymond, le légionnaire tué, une enquête qui a pour cadre le Vietnam, la guerre des paras contre le Vietminh, cette quête révèlera au lecteur une arnaque financière autour de la piastre dont profitent des personnes influentes en France…une arnaque dont je n’avais jamais entendu parler, une arnaque financière, dont se rendent coupables des personnages politiques influents en France, profitant d’une faille dans le système et qui bénéficie à bien d’autres que je tairai.

« Il y a des soldats qui se font tuer ici pour que des marlous fassent fortune sur le budget de la France. »

La deuxième enquête est une enquêtre criminelle, en France, une enquête pour identifier un assassin de femmes, un type bien sous tous rapports que nous connaissons…elles ne seront pas les seules victimes mortes de mort violante

Des sectes, les mineurs du Nord, leur grève, les manifestations d’Anciens Combattants et la violente répression que leur oppose les forces de l’ordre et l’armée complètent le tableau d’une époque.

Un roman très  documenté, il suffit de consulter l’importante liste des témoignages ou références cités en fin d’ouvrage, un roman qui toutefois alterne le plaisir de pages passionnantes qui m’ont plongé dans une époque qui me voyait presque naître et que je découvrais – mais aussi d’autres pages moins emportées, des moments d’ennui presque, des impressions de longueur, de lenteur, mais qui viennent sans doute d’un état personnel un peu pénible, peu enjoué…


J’ai retenu toutefois une phrase citée par Pierre Lemaitre dans ses remerciements expliquant ce qu’est un roman : « On prend un trait chez celui-ci, un trait chez cet autre; on l’emprunte à un ami de toujours, ou à quelqu’un à peine entrevu sur le quai d’une gare, en attendant un train. On emprunte même parfois une phrase, une idée à un fait divers de journal. Voila la manière d’écrire un roman; il n’y en a pas d’autre. » H.G. Wells (Préface à Dolorès, Edition des deux Rives 1946)

Éditeur : Calmann Levy – Parution en 2022 – 584 pages


Lien vers la présentation de Pierre Lemaitre


Quelques lignes

  • « Le Corps expéditionnaire fait la guerre, les Viêts font la guérilla et Saigon s’empiffre. » (P. 103)
  • « La corruption , le jeu, le sexe, l’alcool, le pouvoir, tout s’y donne libre court sous l’autorité de la déesse absolue, celle que tout le monde révère, à savoir Sa Majesté la Piastre. » (P. 105)
  • « Si le Viêt-minh avait trouvé un moyen détourné de profiter du trafic de la piastre, il faisait payer une part de son effort de guerre contre la France oar le gouvernement français. » (P. 334)
  • « Ici comme ailleurs, comme partout, les femmes n’obtenaient souvent ce qu’elles désiraient qu’en cédant à des avances. C’est une chose qu’elles apprenaient très jeunes, une règle de vie qui relevait de leur condition. » (P. 361)

 

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