On parle souvent de l'enchantement des livres. On ne dit pas assez qu'il est double. Il y a l'enchantement de les lire et il y a celui d'en parler. (Amin Maalouf – Les désorientés)
Auteur français né à Escoutoux, Puy-de-Dôme le 18 mars 1915 et décédé à Clermont-Ferrand , le 22 novembre 2017
Il a été professeur de français à l’École nationale professionnelle de Thiers dès 1945
Agrégé d’italien en 1947, il enseigne cette langue au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand de 1949 à 1975
Un Monsieur connu et reconnu dans tout Clermont-Ferrand…un monsieur que je croisais parfois…discret.
Mon Ecole et son Lycée étaient si proches……Il donnait des cours d’italien – presque particuliers – à des étudiants de cette Ecole du Boulevard Trudaine que je fréquentais….Je n’imaginais pas que je parlerais de lui un jour sur un blog…
« La vierge noire était donc à la fois la Marie des Evangiles, la déesse Terre, l’Isis égyptienne, dans une vision religieuse initiatique et universelle du grand principe féminin de l’univers. »
Les boîtes à livres sont une mine de bonheurs…elles permettent avant tout au lecteur de fureter dans l’espoir d’une trouvaille….Et ce fut mon cas, il y a quelques mois déjà !
Comment ne pas être attiré par ce livre…plusieurs aimants se sont ligués pour me dire « Lis-le, prends-le »…le temps a fait le reste…il est resté sur ma table de lecture un peu plus d’un an. Je ne dois pas être le seul dans ce cas.
Il y a bien longtemps, dans les années 70, je découvrais Clermont-Ferrand pour mes études…Je pense bien connaître l’Auvergne,…j’y suis né, j’y ai passé plus de 20 ans de jeunesse. J’aime ses paysages et ses hommes…mes ancètres y dorment de leur dernier sommeil.
Et cerise sur la gâteau, j’y ai croisé Jean Anglade pour un après midi de causerie, à l’initiative d’un collègue étudiant dont il était voisin…Je ne connaissais pas cet auteur, cet homme. Cet amoureux de l’Auvergne et de ses hommes…
Invité par un camarade qui l’avait comme voisin, il nous avait parlé pendant tout un après-midi des racines que nous devrions conserver, de cette identité qui nous colle à la peau, identité qui nous a forgé, qui nous accompagnerait toute notre vie, nous jeunes étudiants aux dents longues, prêts ou en tout cas programmés pour conquérir le monde.
Oui, certaines « écoles supérieures »….c’étaient deux mots inscrits dans le nom de cette école du Boulevard Trudaine…qui avait cette ambition.
Un après-midi de formation à l’Homme, aux traditions, à la boue qui colle aux souliers de tout homme, à nos racines, et ceci quel que soit notre lieu de naissance, nos premières années, à ces racines dont on ne se sépare pas.
Aussi ce fut une surprise de trouver ce titre dans cette boite à livres….bien loin de l’Auvergne !!
Un livre qui m’a replongé dans ma jeunesse, dans cette simplicité de vie, dans ces traditions, ces paysages, ces hommes….et dans cette culture, dans les origines de cette culture, les vierges noires, ces églises romanes, ces puys, ses étangs ces monts et ce climat…surtout en étant accompagné par ses hommes taiseux, durs au mal, attachés à leurs traditions. Un livre mettant en scène un loup Garou… »La bête du Gévaudan » : « Elle avait le don de se trouver partout à la fois ! Il fallait que ce soit une créature du diable » (P. 87)
Oui, un livre très documenté – six pages d’annexes faisant référence aux lieux, aux personnages évoqués des moins illustres aux plus grands comme Blaise Pascal…un livre qui, son titre est là pour le rappeler, évoque toute l’importance de la religion, de ses églises romanes, de la rudesse et la droiture de ses hommes exigeants.
« Les pontifes de l’archéologie officielle n’admettent pas longtemps de se voir supplanter par d’obscures amateurs. » (P. 15)
» Comment des briques si légèrement cuites ont-elles pu résister huit millénaires à la circulation des eaux souterraines fort abondantes dans le site » (P. 17)
» On ne sait toujours pas avec certitude où situer l’ancienne Gergovia. « » » (P. 30)
« « » En fait, dès l’époque du néolithique, tous les sommets et plateaux de la région furent habités. Il ne nous reste qu’à installer Gergovia dans notre cœur. » (P. 33)
« En Auvergne, le Moyen Âge c’était hier, dans le travail, le vêtement, l’habitation, les coutumes, les plaisirs. Seules les plaies se sont perdues en cours de route : famines, épidémies, brigandages, loups à quatre pattes ou bien à deux. Encore que…. » (P. 36)
» ….on, sait que le mots arabes entrés dans notre langue commencent par la syllabe al : je vais vous parler de l’alcool, de l ‘alambic, de l’alcali et de l’algèbre. Je sous parlerai ensuite de l’almanach. » (P. 40)
» …les arabes ont reçu notre système décimal de l’Inde et se sont contentés de nous le transmettre. » (P. 41)
« La vierge noire était donc à la fois la Marie des Evangiles, la déesse Terre, l’Isis égyptienne, dans une vision religieuse initiatique et universelle du grand principe féminin de l’univers. » (P. 59)
« Les cultes sont comme les clous, l’un chasse l’autre » (P. 63)
« Blaise Pascal à Clermont, c’est comme Marius à Marseille : tout le monde le connaît sans l’avoir jamais vu. »(P. 74)
» Sa taille est plus haute que celle d’un grand loup. Elle est friande du sang,, des tétons, et de la tête. […] Elle s’attaque de préférence aux femmes, aux jeunes filles, aux enfants ; qu’elle les étrangle, leur dévore le cou et la gorge ; qu’elle enfouit même quelque fois le reste du corps dans la terre, comme si elle voulait se ménager des réserves pour la saison froide. » (P. 87)
« Avez-vous cru que vous étiez d’héroïques guerriers, à prendre d’assaut les résidences des jeunes filles, et à terroriser leurs occupantes… » (P. 222)
Quel est le lecteur qui refuserait de se pencher sur le monde littéraire de ses premières années de vie…se réveiller un matin et s’interroger : quel est le roman qui me permettrait de connaître le monde de mes premières années ?
Oui, j’ai des interrogations qui subitement m’envahissent l’esprit…
Et ce fut : « Que s’est-il donc passé dans notre monde alors que bébé, je passais du biberon à la bouillie… ? » J’ai enfin trouvé une lecture, dérangeante sur cette période de mes premiers mois de vie.
Retour en arrière bénéfique afin de connaître et de tenter comprendre comment était notre monde au début des années 50. Un monde que nos yeux ont connu sans avoir cependant toutes les clés pour le comprendre…Surtout qu’il se déroule loin de nous, aux Etats-Unis.
A une époque ou j’étais gamin. Certes certains auteurs tels que Pagnol m’avaient donné un aperçu de notre monde, un aperçu familial et « cocorico » !. Souvent sans une grande profondeur, mais très agréables à lire.
Je souhaitais cependant un aperçu bien plus dérangeant, bien plus politique, bien moins familial….et que je connais imparfaitement sans aucun doute. !
Et j’ai trouvé non pas sur les rives de notre Méditerranée, mais de l’autre côté de l’Atlantique ce que je cherchais…
Sans doute parce qu’on entend souvent dire que les évènements qui se passent, à un moment donné de l’autre côté de l’Atlantique préfigurent ce qui se passera chez nous dans quelques mois ou dans quelques années. C’est en tout cas, ce qu’on me disait !
Markus Messner est un ado de 17 ans d’origine juive. …Juif de tradition, mais « athée convaincu » ….
Il vit dans le New Jersey
Son père est un boucher kasher…La tradition juive s’impose à tous. L’univers familial culturel est parfois pesant et a indubitablement façonné une partie de sa personnalité.
Markus, jeune homme sérieux de dix neuf ans, est étudiant dans le Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il se détend en jouant au base-ball. Il est joueur titulaire dans l’équipe des premières années. Etudiant, il va intégrer le Winesburg College.
Nous ne pouvons pas oublier cet autre aspect culturel, cette Amérique conservatrice, pudibonde, traditionnaliste…aux traditions pesantes et conservatrices. Un déterminisme difficilement contournable, et cet amour du sport, du corps fort.
Et ceci alors que la guerre de Corée mobilise les GI….souvent âgés de quelques années de plus que ces ados.
Roman qui mêle à la fois mode de pensée d’une nation, d’une société, déterminisme familial, religieux et culturel, rigidité et volonté d’émancipation de la jeunesse, psychologie familiale, tabous, religion sans omettre l’Histoire avec un grand H
Le jeune homme ne souhaite pas être appelé pour combattre aux côtés des G I. Il fait tout alors pour poursuivre et réussir ses études en s’isolant et en s’imposant alors une règle de vie contraignante….une idée fixe : réussir ses études afin de ne pas être affecté en première ligne . Primordial….
Un roman pas toujours facile qui mêle judaïsme, tradition culturelle, univers familial pesant jeunesse… Et Histoire d’une Amérique à la fois pudibonde, rigide, hypocrite et Grande Histoire !
j’étais très doué pour me contenter de ce que j’avais » (P. 27)
« Les passe-temps et festivités des quelque douze cents étudiants, se déroulaient derrière des portes cloutées, noires et massives, des fraternités et, en plein air, sur leurs vastes pelouses où, pratiquement par n’importe quel temps, on voyait toujours deux ou trois étudiants se lancer un ballon de foot. » (P. 33)
« Je suis tenté de faire mes bagages et de vider les lieux à cause de l’obligation d’assister au culte.
« Tu sais que la viande kasher doit être lavée tous les trois jours. Mon père prenait un balai de paille de riz et un seau d’eau, et il lavait toute la viande. Mais quelques fois il y avait une fête juive, et même si nous n’étions pas pratiquants nous-mêmes, nous étions des Juifs dans un quartier juif et, en outre, des bouchers kasher, alors ces jours-là la boucherie était fermée.» (P. 147)
« Le travail : il y a des gens qui aspirent au travail, n’importe quel sorte de travail, si pénible ou répugnant qu’il soit, pour chasser l’âpreté de leur vie et bannir de leur esprit les pensées qui tuent. » (P. 171)
« Les gens faibles ne sont pas inoffensifs . Leur faiblesse peut justement être leur force. » (P. 179-80)
Les Messner, ce n’est pas simplement une famille de bouchers. C’est une famille d’hommes qui braillent et qui hurlent, qui se fâchent tout rouge et qui se tapent la tête contre les murs. » (P. 180)
« Une pépinière de droiture morale, de patriotisme et de comportement personnel irréprochable, qualités qui sont requises de chacun des jeunes de ce pays si nous voulons gagner la grande bataillepour la suprématie morale engagée contre le régime impie du communisme soviétique. » (P. 218-9)
« il était d’accord avec le doyen pour penser qu’il n’existait rien dans la vie de plus sérieux que les règles, mais son jugement réprobateur s’exprimait sans aucun déguisement ; malgré quelques envolées d’éloquence à l’occasion. » (P. 220)
« Avez-vous cru que vous étiez d’héroïques guerriers, à prendre d’assaut les résidences des jeunes filles, et à terroriser leurs occupantes ; » (P. 222)
« Dans la lutte pour occuper la colline abrupte cotée sur la crête escarpée de Corée centrale, les deux camps subirent des pertes si lourde que le combat se mua en un bain de sang fanatique, commme ç’avait été le cas pendant toute cette guerre. » (P. 230)
« Mieux vaut construire un pont qu’un mur « …..Ce n’est pas le roman qui le mentionne mais Elton John…..Phrase qu’il prononça. …Et….Roman de ponts et de murs, que nous découvrons au fil des pages.
Roman de vie…dénonciation de nos vies urbaines. De notre vie moderne !
Et pourtant ce roman est le roman dans lequel murs et pont résument les projets, les ambitions et également les centres d’intérêts des habitants de cette ville de banlieue parisienne…il y a plusieurs décennies.
Murs pour séparer et ponts pour unir…. pour s’adapter aux évolutions de notre monde.
Un grande partie de la population du village de Saint-Amand, vivait de la culture du chasselas, raisin faisant honneur sur les tables. Il était cultivé contre des murets en pierre exposés au soleil, sur lesquels il pouvait d’accrocher et se dorer…..et était vendu emballé dans des papiers de soie…Jusqu’en Russie !
C’était l’une, voire LA FIERTE de ce village, une fierté protégée du vent par ces murets de pierre orientés face au soleil……non pas quelques murets mais « trois cent cinquante kilomètres de murs, puisque pas un seul coin du village n’avait échappé à cette frénésie viticole. »
Ce chasselas doré était vendu et consommé sur des tables richement dotées…. La famille pouvait être fière de ses résultats …elle exportait jusqu’à 1000 tonnes de chasselas doré.
La ville est traversée par la Seine, Seine sur laquelle naviguent des bateaux, des bacs, permettant aux habitants de la franchir….Tout se passait bien sans doute, jusqu’au jour où un bateau, une navette permettant de passer d’une rive à l’autre, chavira à l’occasion d’une crue causant la mort de 18 personnes.
Naufrage qui est la source de ce roman mettant en scène une famille implantée dans deux villages de part et d’autre du fleuve….drame qui comme de nombreux drames fut la source de solutions de sécurité, importantes mais également de divisions au sein des familles.
Drame provincial ! Seule solution envisageable : il faut construire un pont permettant de relier sans risque les familles implantées de part et d’autre du fleuve…
D’autant plus qu’une usine s’installe en 1902…Puis vint la guerre de 14-18, guerre qui comme toutes les guerres sera source de projets, guerre qui remuera les foules et guerre qui apportera un progrès et des projets également notamment industriels
Les habitants quittent leur monde clos et s’ouvrent un peu plus au monde, à la mécanisation. Une usine se crée. Un pont permet dorénavant de traverser le fleuve sans risque…il y en aura d’autres
Georges Vernet, l’un des 2 fils travaille à l’usine…alors que Vincent, son frère est tué au front.
Ce n’est que le début d’une évolution de la vie familiale …amours, et évolutions bien différentes, surtout quand les femmes y mettent leur grand de sel…leur dose de fiel.
Ce n’est que le début de la chronique d’une famille confrontée à la mécanisation, à l’urbanisation …et aux autres guerres de ce XXème siècle.
Les murets ont été progressivement détruits au fil des ans paour faire place, ce n’est propre à cette ville à l’expansion urbaine…le chasselas y perdit des grains et pour rappeler l’Histoire de nouveaux murets ont été construits….quelques mètres carrés pour rappeler l’Histoire….
Là comme dans bien d’autres lieux…on détruit, le passé et ses traces et on construit des répliques sans âme pour rappeler le passé. un moyen comme un autre de regretter des décisions prises en haut lieu…on casse et on répare avec des projets sans âme.
Et là comme dans bien d’autres villes :
« La ville qui tournait entièrement autour de son usine serait sinistrée. Il faudrait trouver du travail ailleurs, mais les usines étaient loin d’ici et le crédit de la maison n’était pas encore remboursé. Les commerces fermeraient, le médecins partis à la retraite ne seraient pas remplacés . C’était un renversement que nul n’aurait imaginé il y a encore vingt ans. Que le sens de l’histoire puisse bifurquer à ce point, et même faire demi-tour, c’était stupéfiant, mais il fallait bien en convenir. »(P.189)
Les hommes, les élus ont construit des usines, ont abandonné tout ce qui faisait l’âme du lieu et plus tard d’autres générations d’élus, de décideurs ont tenté de rappeler ce passé! Sans âme ! Bien triste !
Vie d’une ville de province, Progrès et aberrations de notre époque ! Un titre qui pourrait décrire tant de situations vécues…
Mes cheveux gris me permettent de citer tant de situations comparables….Quand j’étais jeune je me souviens….!
Tristesse. Et je ne suis certainement pas le seul !
« Le pont, comme le chemin de fer, c’était la circulation des hommes et des marchandises, c’était le progrès. » (P. 20)
« Il en fallait, des bras, pour s’occuper de trois cent cinquante kilomètres de murs, puisque pas un seul coin du village n’avait échappé à cette frénésie viticole. Ces bras, on les recrutait beaucoup de l’autre côté de la Seine, dans ce petit village de champagne où les gars ne discutaient ni les rudes rudes journées sous le soleil, ni les salaires parfois aléatoires, ni la rareté des jours de congés. » (P. 21)
« Car depuis la construction de l’usine, le pont semblait relier deux mondes aux antipodes, deux cœurs battant à des rythmes différents» (P. 25)
« Vous êtes esclaves du plus injuste des tyrans, ce climat qui peut ruiner en une nuit une année de travail ou vous apporter des maladies qui saccageront votre vigne. Votre prétendue liberté est en fait un mirage. » (P. 26)
« Le célibat n’est pas encouragé ; on chérit les familles et on le leur prouve en leur proposant des logements situés près du centre-ville. Considérant que l’épargne et la propriété sont indispensables à l’enracinement des populations ouvrières, les locations se transforment vite en achat. » (P. 31)
« Quand on y pense, la publicité mensongère, c’est bien pire que les champignons. » (P. 57)
« …les deux maladies redoutables que sont l’alcoolisme et le socialisme… » (P. 60)
« Ce que les trains et les bateaux offraient depuis longtemps, le transport aérien le décuplait. L’avion avait soudé les colonies à la métropole. » (P. 84) (les risques pour le chasselas)
« On se dira que la physionomie du village a bien changé. Que sur les vastes exploitations vendues en terrains à bâtir pour solder les dettes, on risque de démolir ces murs devenus inutiles. » (P. 97)
« Pourquoi voyager au bout du monde quand l’émotion peut nous cueillir au coin de la rue ? La France est un vaste musée mais elle ne sait pas encore. Chaque village, chaque quartier, chaque ruelle est un musée Grévin qui s’ignore. » (P. 145)
«Le gouvernement allait faire passer une nouvelle loi, prenant acte que le sentiment de l’urgence écologique était désormais partagé par le plus grand nombre. Le développement durable serait un cap à atteindre, voire une contrainte non négociable. » (P. 184)
« La ville qui tournait entièrement autour de son usine serait sinistrée. Il faudrait trouver du travail ailleurs, mais les usines étaient loin d’ici et le crédit de la maison n’était pas encore remboursé. Les commerces fermeraient, les médecins partis à la retraite ne seraient pas remplacés . C’était un renversement que nul n’aurait imaginé il y a encore vingt ans. Que le sens de l’histoire puisse bifurquer à ce point, et même faire demi-tour, c’était stupéfiant, mais il fallait bien en convenir.(P.189)
« Le code de l’indigénat séparait hermétiquement le monde des Arabes de celui des Français. Officiellement, les indigènes courbaient l’échine et tremblaient devant la civilisation dont ils finiraient par comprendre les bienfaits. Sauf qu’il s’agissait d’un mensonge. Sous l’indifférence couvait une haine absolue» (P. 240)
….Plongée au cœur de cette Algérie conquise par la France…une plongée qui a eu le don de me donner la nausée parfois. Plongée au cœur de cette colonie, de cette administration coloniale raciste et violente. De cette armée française injuste. J’y reviendrai. Ah ! Que cette Algérie aurait été un beau pays ! Il suffisait seulement qu’elle se débarrasser ou qu’elle parvienne à maîtriser les Arabes et les Juifs..
L’antisémitisme, et le racisme sont présents dans de nombreuses pages ….jusqu’à la nausée parfois. Une administration française rigide qui imposait que chacun marche droit, arabes, juifs et …soldats. Soldats gardés afin d’être matés dans des bagnes, notamment quand ils étaient récalcitrants aux ordres.. dans des casernes sur le sol français. des bagnes dans lesquels les matons étaient des tirailleurs noirs, venus d’autres colonies….françaises !Des bagnes dans lesquels ces gardiens noirs pouvaient tuer des bidasses français…
La France était capable de faire garder ses bidasses réfractaires à la discipline par des soldats noirs violents! Et racistes… ! Et…..il ne fait pas l’oublier dépendant de cette France coloniale!
Il faut se souvenir ou apprendre que les bidasses tiraient au sort la durée de leur engagement…ce point n’est pas du tout peu développé, dans le roman. Un recherche historique rappelle qu’à partir de 1803 (loi du 8 nivôse an XI), les futurs conscrits sont tirés au sort, un procédé qui subsistera jusqu’en 1905, date à laquelle le service militaire devient obligatoire. Qui sait comment on peut se comporter face à une telle injustice ?
Un de mes grands oncles, que j’ai très peu connu, uniquement sur la fin de ses jours échappa au service militaire, grâce à cette disposition…Il aurait pu, s’il avait tiré le mauvais numéro, être envoyé quelques années sous le soleil d’Afrique. Le lecteur qui méconnait ce point d’histoire pourra passer à côté du roman et ne pas tout comprendre.
Et, il ne faut pas l’oublier : « Plusieurs condamnations pour ivresse sur la voie publique et violences à l’âge de seize ans. Cette mention au casier l’envoie dans les bataillons d’Afrique. » (P. 99)
Ces points sont peu précisés, à mon avis, dans le roman. Ils permettent pourtant de mieux apprécier le livre et les situations développées.
Là, des bagnes militaires accueillaient les bidasses, les soldats les plus récalcitrants des casernes françaises Algérie, en plein milieu du désert… afin d’y être mâtés, « sous la garde de tirailleurs africains qui rêvent de coller aux bagnards une balle dans la peau. Ce n’est pas tous les jours qu’ils ont l’occasion de fracasser des Français »
Oui, ce fut aussi ça la France et la vie de soldats Français et de soldats coloniaux sous la responsabilité de la France . il ne faut pas l’oublier !
Une Algérie attirant les grandes familles, les grands noms de la finance et de l’argent…Il y avait beaucoup, beaucoup d’argent à gagner…et la vie à perdre, parfois….y compris pour les grandes familles.
Tragiques pages de la Troisième République colonialiste, raciste. L’Histoire de France, c’est aussi ces heures ces années bien moins glorieuses. !
Des pages peu traitées voire jamais traitées sous cet angle ….avec ces images et ces mots directs à l’occasion des cours d’Histoire que j’ai suivis…il ya bien longtemps au lycée.
Une image qui mérite cependant d’être lue. Et connue !Y compris aujourd’hui, car, qui sait…elle conditionne en partie notre actualité
Merci
Editions La Manufacture de livres – 2024 -315 pages
« Il commence à faire des conneries pour se distraire, manque à l’appel et répond aux supérieurs »(P. 14)
« La cruauté des chaouchs ne connaît pas de limite, mais je ne vais te faire l’inventaire de punitions » (P. 16)
« Josse voit des damnés, des vaincus. Il contemple la lie de l’humanité. C’est un enfer qui l’attend. » (P. 17)
« L’armée ne se contentait pas de garnir les rangs des établissements de travaux publics avec ses condamnés militaires , elle fournissait également aux riches colons de la main-d’oeuvre issue de son système pénitentiaire à un prix défiant toute concurrence. C’était un arrangement gagnant-gagnant : des subsides pour l’armée, des économies pour les propriétaires privés. » (P. 32)
« Alger sombrait dans le chaos depuis que les antisémites avaient pris le contrôle de la ville. » (P. 35)
« Les gens de la haute société avaint bon goût,[..] alors autant les imiter en toute matière. » (P. 37)
«L’armée savait trouver des arrangements avec les grandes fortunes. » (P. 43)
« En cas de rébellion, il appliquait le principe de la responsabilité collective. Le village entier, sur lequel le capitaine lâchait ses nègres armés de fusils et de sabres, était alors puni. Les tirailleurs coupaient de têtes sur des billots et ils enlevaient des femmes, leur premier butin. » (P. 47)
« Il se méfiait des Blancs qui vous souriaient aimablement et puis soudain se mettaient à vous frapper à coups de badine. » (P. 58)
« Depuis longtemps, la préfecture avait renoncé à enfermer les orphelins. A quoi bon remplir les prisons avec des bon à rien qu’il faudrait nourrir par dessus le marché. » (P. 86)
« Plusieurs condamnations pour ivresse sur la voie publique et violences à l’âge de seize ans. Cette mention au casier l’envoie dans les bataillons d’Afrique. » (P. 99)
‘Il fallait s’étonner de rien avec les tarés de Biribi, bien souvent saisis par une mélancolie sordide propre à l’Afrique, mais quand même. » (P. 100)
« Les indigènes ont l’air inoffensif, à première vue, mais vous ne les conaissez pas. Vous ignorez ce qu’ils dissimulent en eux. Moi je les observe depuis des années : ce sont des paresseux, des forbes, des voleurs ? Ils profitent que vous regardiez ailleurs pour vous détrousser. Ils ne valent pas lieux que les Juifs. D’ailleurs, ils sont tous à mettre dans le même sac, les youpins, les Arabes, les Kabyles, les nègres, les Espagnols, les Portugais, tous pareils. Dire qu’on leur a accordé la nationalité française. » (P. 108)
« Le guerrier méritait son repos. En France, on préconisait aux instituteurs l’abstinence sexuelle la veille des jours de classe ; aus militaires, on ordonnait de baiser à couilles rabattues. » (P. 119)
« Pendant longtemps, avant la réglementation du taux d’usure, seuls des Juifs prêtaient de l’argent. En réalitré, ila agissaient en sous-main pour les banques. C’était une sorte de prête-nom/ les banques gardaient une image d’indépendance et de souveraineté tandis que les Juifs ruinaient les pauvres gens. On leur laissait le sale boulot. » (P. 142)
« A la limite, on tolérait le concubiange d’un homme blanc avec une indigème ou une femme noire. L’inverse, en revanche, subissait les foudres de la morale. Une femme blanche aimant les Noirs passait pour une putain. » (P. 146)
« Tout le monde savait que les banques avaient intérêt à la ruine de certains emprunteurs, ceux dont les bâtiments se transformaient en juteux programmes immobiliers. » (P. 147)
« Les encaisseurs n’avaient pas été agressées au hasard, mais lors d’un moment opportun de leur tounée. » (P. 149)
« La France prétend que l’esclavage est interdit, mais ce n’est pas la réalité de l’Algérie. Va dans la rue de l’amiral Courbet où vivent les familles puissantes. Elles possèdent toutes des esclaves noirs, que l’on voit s’activer dans les parcs de leurs palais. » (P. 167)
« Le prix d’un homme variait selon la personne qui le dénonçait .Un Arabe n’était pas le mieux placé pour se faire payer au prix fort. » (P. 196)
« Leur légende les précédait : la rumeur des massacres s’était largement répandue et la plupart des habitants, terrorisés à la vue du drapeau français, se réfugiaient dans les forêts voisines pour échapper aux exactions
« Le code de l’indigénat séparait hermétiquement le monde des Arabes de celui des Français. Officiellement, les indigènes courbaient l’échine et tremblaient devant la civilisation dont ils fiiniraient par comprendre les bienfaits. Sauf qu’il s’agissait d’un mensonge.Sous l’indifférence couvait une haine absolue» (P. 240)
« Les Français des citoyens et les Arabes des sujets. » (P. 240)
«Ce pays nous appartient, mais ce n’est même pas notre langue qu’on utilise. » (P. 241)
Cătălin Mihuleac a travaillé en tant que géologue avant de commencer, à la chute du régime communiste, une carrière de journaliste, d’écrivain et dramaturge.
En 2009, il soutient une thèse de doctorat consacrée au pamphlet.
Ses ouvrages récents mêlent documentation historique et fiction, verve, humour et tragique. Son roman Les Oxenberg & les Bernstein, paru en 2014 et traduit en français aux Éditions Noir sur Blanc en 2020, lève ainsi l’un des tabous de l’histoire contemporaine, celui du pogrom de 1941 à Iaşi, et a reçu le Prix Transfuge du roman européen (Source : https://fondation-janmichalski.com/)
« Combien d’hommes, sur tous les méridiens de la Terre, ne vivent-ils pas une vie entière avec la même illusion. » (P. 40)
Difficile de résister aux propositions de Babelio qui nous offre, la possibilité de recevoir gracieusement, dans le cadre des opérations « Masse critique » un ouvrage, en échange d’une promesse de commentaire….
J’ai un moment hésité…et pour tout vous dire je ne regrette pas ma décision….et ma surprise !
Ce ne fut pas un livre, mais deux que je reçus…Deux bibliothèques de village proches de Narbonne vont donc recevoir, chacune le même ouvrage. Deux surprises en prévision…je pratique ainsi lors de chaque opération Masse critique…Je donne ces livres qui ne m’ont rien couté à des bibliothèques de villages aux ressources souvent limitées.
Tout ce qu’on ne donne pas est perdu !
Certes, cet ouvrage ne fut pas toujours pas toujours facile à lire et à assimiler, mais c’est sans doute une conséquence de mes soucis de santé actuels…Vont-ils disparaître…c’est bien peu probable.
Et surtout, je ne connaissais pas la Roumanie. J’ai beaucoup appris
Certes je me souviens, j’ai même fêté avec des copains l’évenement…de ce Noël de 1989, de ces deux corps au sol. Je sais que c’est pas beau de rire du malheur de autres…
Tant pis. Ces deux là avaient fait pleurer tant de monde !
Décrire la Roumanie, une partie de son histoire, sa situation et surtout cette proximité, cette fraternité latine qui unit nos deux pays.
Une présentation de la Roumanie, actuelle, de son histoire, en mettant en scène deux hommes, leur amitié.
Un officier français Marcel Fontaine venu au titre de la Mission Berthelot moderniser l’armée roumaine rencontre Petru Negru, étudiant attaché au mode de vie, à la Culture de son pays…ils sont tous deux le fil conducteur de cette lecture…
Une lecture pour nous faire vivre l’Histoire de la Roumanie du XXème siècle. Et, en ce qui me concerne, qui m’a également permis de me documenter, par d’autres sources sur cette mission Berthelot
Une Histoire qui nous informe, je ne le savais pas que Gaulle faisait partie des 25 auteurs étrangers interdits en Roumanie en 1948.
Pas du tout familier de ce pays, de sa culture, je ne connaissais pas Gheorghiu-Dej, homme d’État roumain. Il fut le dirigeant communiste de la République populaire roumaine de 1947 jusqu’à sa mort en 1965.
C’est le roman de cette amitié. Mais surtout, c’est aussi le roman de la vie roumaine, des détournements et des malversations de toutes sortes…..jusqu’à nos jours. Sans oublier les tensions entre La France et l’Allemagne pour le développement et l’équipement de la Roumanie.
Ne pas connaître la Roumanie, ses hommes politiques, ses paysages, son histoire a sans aucun doute été un handicap. Ma formation et mon passé professionnel, ne me prédestinaient, ni à la politique, ni à l’Histoire avec un grand H…mais aux entreprises en difficulté ou en développement…Et celles-ci ne m’en laissaient pas le temps.
Encore merci à Babelio et à l’opération Masse Critique
Les éditions Noir sur Blanc – 2025 – Traduction par Marily Le Nir
« Dans le cas des livres malades, le « virus de le lecture » dépassait son rôle de figure de style désignant la passion de dévorer des écrits pour se matérialiser de manière purement pathologique. » (P. 95)
« Le compliment est un onguent social produit par une entreprise de charlatans, alors que l’injure est claire comme l’eau qui sourd des profondeurs, traverse les couches de bile et rejaillit avec l’écume aux lèvres. » (P. 99)
« Comme tous les adolescents normaux des lycées roumains, il avait fantasmé sur la personne qui lui avait enseigné autrefois la langue de Voltaire »
« Les premières années d’infiltration et d’expansion du communisme en Roumanie ressemblèrent dans une large mesure à un internement dans un camp de transit, du genre de ceux des nazis à Drancy ou à Westerbork. » (P. 142)
« Le compliment est un onguent social produit par une entreprise de charlatans, alors que l’injure est claire comme l’eau qui sourd des profondeurs, traverse les couches de bile et rejaillit avec l’écume aux lèvres. » (P. 99)
« Elle était la seule [..] à entrevoir la prison nationale dont les barreaux devenaient chaque jour plus épais et plus solides. » (P. 148)
« Pour comprendre le présent et déchiffrer l’avenir, il fallait connaître le passé, surtout quand il était couvert de gloire. » (P. 145)
« il avait eu la belle vie comme chef de la prison . Des avantages de toutes sortes arrondissaient son salaire, et, chaque année, il engraissait trois porcs sur les portions de nourriture des détenues, sans compter la paille qu’il extrayait de leurs matelas. (P. 256)