« Missak » – Didier Daeninckx

MiSSak [2]Missak…c’est Missak Manouchian chef d’un groupe de résistants d’origine arménienne tombés aux mains  de l’armée nazie et fusillés le 21 février 1944. 
Le secrétaire de Jacques Duclos, secrétaire général du PC convoque Louis Dragère, journaliste à l’Humanité, afin que celui-ci lui fournisse des renseignements sur ce groupe de résistants, et ceci en vue de l’inauguration d’une rue dans XXème arrondissement de Paris …
Qui les a trahis? Pourquoi?
Ce réseau de résistants d’origine étrangère a accompli des dizaines d’attentats et causé un nombre important de morts parmi les troupes nazies. On doit notamment mettre à leur actif l’exécution du général Julius Ritter dont la mission était de superviser le recrutement de la main d’œuvre destinée au service du travail obligatoire (STO).
Missak Manouchian est finalement arrêté en novembre 1943, avec vingt-deux autres de ses compagnons. Leur procès qui s’est en février 1944 a fait l’objet d’une très importante propagande nazie. Une affiche, devenue célèbre, l’Affiche rouge, fut placardée sur les murs de Paris.  Elle devint le symbole de l’engagement des étrangers dans la Résistance et notamment des réfugiés arméniens. Sur celle ci figurent les visages torturés de Missak Manouchian et de ses camarades. 
Peu avant de mourir, au coté de ses camarades, tous d’origine étrangère, Missak Manouchian laissa une lettre destinée à son épouse Mélinée, laissant entendre qu’ils ont été trahis « Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. »
Louis Dragère a un mois pour fournir des informations au PC…un mois d’enquête dans Paris et sa banlieue inondés au guidon de sa moto…
Nous sommes en février 1955. Un mois de rencontres au cours desquelles on croise des personnes dont les noms résonneront aux oreilles de ceux qui ont connu les années 50-60, Duclos, Roger Vaillant, Krasucki, Charles Tillon, Louis Aragon, Prévert, Ferré, Kazan…
Didier Didier Daeninckx s’est appuyé sur une très importante documentation pour la rédaction de cet ouvrage captivant dans lequel apparaît notamment un petit bonhomme, Aznavour en concert au Moulin Rouge.
Roman, enquête historique, enquête journalistique et policière, ce voyage littéraire permet d’en savoir un peu plus sur Manouchian, son parcours qui l’amena à éditer un journal, sur l’extermination des arméniens par l’armée turque, les conditions de leur arrivée en France, de leur intégration, le travail en usine pour des salaires de misère, la vie dans les banlieues, les planques, les radio-crochets…..Et j’en passe 
Et surtout sur les combats menés par la Résistance, ces combats menés par des groupes d’étrangers, les trahisons, le Pacte Germano-Soviétique qui déchira les communistes, la répression nazie…Et aussi sur ceux qui, au risque de leur vie, hébergeait ces combattants pour quelques heures, pour un repas….parmi eux quelques mots sur les parents de Charles Aznavour
Passionnant retour sur l’atmosphère des années 50-60 de ma jeunesse.
Editions Pocket – 2010 – Première parution 2009 – 287 pages

Qui est Didier Daeninckx ?


Quelques lignes

  • Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,
    Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
    Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.
    Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense.
    Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous… J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.
    Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.
(Dernière lettre de Missak Manouchian à son épouse)

« Hiver arctique » – Arnaldur Indriðason

hiver arctiqueElias, gamin d’origine thaïlandaise est retrouvé mort, un soir d’hiver. Il faut très vite relever les indices, avant que la neige ne recouvre tout. La scène se passe en Islande…
Est-ce un meurtre sur fond d’immigration ?
La question se pose au commissaire Erlendur, personnage récurrent dans les ouvrages d’Arnaldur Indriðason…un meurtre qui rappelle de bien mauvais souvenirs à notre commissaire, dont le petit frère disparut un semblable soir d’hiver. Son corps ne fut jamais retrouvé.

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« Et ses démons » – Edward Limonov

« Et ses démonsVieux, ta vie entière s’est accompagnée de l’activité parallèle des démons. Ils ne t’ont jamais lâché, faisant toujours leur apparition, se rappelant à toi, embrasant tes nuits sans effusion de sang, te protégeant et t’assaillant à la fois. » (P. 228)
Et ils sont nombreux ces démons qui le hantent, nombreux et pas toujours faciles à identifier…Limonov, homme et écrivain, que je ne connais, honte à moi, que par le livre de Carrère ne m’avait pas attiré. Il faut dire que la présentation que Carrère en fait n’est pas très enthousiasmante. 
Il écrivait : « Limonov lui, a été voyou en Ukraine, idole de l’underground soviétique,  clochard, valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan, écrivain à la mode à Paris, soldat perdu dans la Balkans, et maintenant dans l’immense bordel de l’après communisme, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends mon jugement (P. 34). 

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« Une empreinte sur la terre » – Pramoedya Ananta Toer

Une empreinte sur la terre.jpgSi l’on demandait à chacun de nous lecteurs, de citer un auteur et un titre d’un auteur indonésien, rares seraient sans doute ceux d’entre nous capables de le faire…Cette partie de notre monde nous est relativement méconnue, l’actualité l’ignore bien souvent.
Aussi quand dans un rayon nouveauté d’une médiathèque, vous trouvez « Une empreinte sur la terre » agrémenté d’un bandeau rouge « Le plus grand écrivain indonésien », il est impossible de résister à cet appel de l’inconnu.
Dès les premières pages vous êtes séduit et happé par cette écriture précise, par le personnage principal Minke. 
Minke intègre l’école qui lui permettrait de devenir médecin d’Etat. Il doit se séparer de ses vêtements européens pour se vêtir à la mode javanaise, et même marcher pieds nus. Comme il se doit, il supportera un petit bizutage et des moqueries de ses camarades. Après quelques semaines d’école, il demande une permission de sortie exceptionnelle afin d’assister sur l’invitation du gouverneur général à une conférence sur l’avenir de l’Indonésie, colonie néerlandaise…L’action se passe à la fin du XIXème siècle…Le jeune homme invité dans la « cour des grands », parce qu’il est connu d’eux pour ses articles parus dans des journaux, impressionne ses camarades d’école, dont l’attitude change alors du tout au tout. Et là je me suis senti un peu perdu, par l’impression d’avoir « raté quelque chose ». Pourquoi ce gamin est-il donc connu du gouverneur ?

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Pramoedya Ananta Toer

Pramoedya Ananta ToerAuteur indonésien né en février 1925 à Blora, Java Centre et mort en avril 2006 à Jakarta

Souvent appelé plus simplement « Pram », il est un des plus grands écrivains indonésiens contemporains, et le plus connu à l’étranger. 

Il a été emprisonné par le gouvernement colonial hollandais de 1947 à 1949.

En 1965, sous la dictature de Suharto, il est envoyé au bagne sur l’île de Buru, le goulag des mers du Sud, dont il sort en 1979, sous la pression internationale. Jusqu’à la fin de sa vie, en 2006, il est surveillé et systématiquement censuré.
L’œuvre de Pramoedya Ananta Toer est considérable – plus de cinquante romans, nouvelles et essais, traduits dans près de quarante langues. 

Source : http://www.zulma.fr/auteur-pramoedya-ananta-toer-373.html

Une partie de ses titres traduits en français

  • Enfant de toutes les nations
  • Le Monde des hommes
  • Histoires courtes d’Indonésie
  • Gadis Pantai : La fille du rivage
  • Le Fugitif
  • La Fille du rivage 
  • La vie n’est pas une foire nocturne,
  • Une empreinte sur la terre
  • La maison de verre
  • Corruption

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Une empreinte sur la terre