« Rue Darwin » – Boualem Sansal

Rue DarwinYaz, accompagne sa mère à Paris, elle vient faire soigner son cancer. Elle arrive épuisée et dans le coma. Ses enfants sont venus des 4 coins du monde où ils ont émigré et réussi. Tous sont là pour l’accompagner sauf Heti, qui lui a choisi de vivre un islam intégriste avec les talibans..Malheureusement son état ne lui permettra pas de voir une dernière fois ses enfants réunis.
Quand Yaz s’est penché pour l’embrasser une dernière fois « une voix, comme un écho venant de loin a résonné dans sa tête : « Va retourne à la rue Darwin«  ».

Quelques jours après, Yaz revient en Algérie avec le cercueil de sa mère, morte sans être sortie du coma, il l’enterre obsédé par cette dernière demande..

Et Yaz raconte son enfance, sa quête d’identité, la recherche de ses racines… tiraillé entre deux familles, une riche et l’autre très modeste voire pauvre.

Une famille riche, celle de sa grand mère, mère maquerelle qui a su créer et gérer des bordels dans toute l’Afrique et l’Europe! L’un d’entre eux jouxte le palais familial. Elle a même profité de la bénédiction de Vichy et de Pétain, et a placé sa fortune en Suisse. Il a vécu auprès d’elle, c’était l’héritier désigné de sa fortune, son père était mort prématurément. Il vivait dans un palais, aux cotés de cette grand-mère toute puissante, entourée de serviteurs, presque esclaves et côtoyait les gamins nés des amours des prostituées, ces gamins qu’elles n’avaient pas pu faire passer…des pages dérangeantes sur la vie de ses femmes-bétail dans les bordels…Mais qui était sa mère? et sa grand-mère était-elle réellement sa grand-mère…?

Et une famille pauvre, auprès de laquelle il passa 7 ans de 1957 à 1964, Rue Darwin à Belcourt, dans un tout petit deux pièces entouré de son père de sa demi-soeur et de sa mère..un père qui n’était pas son père et cette mère était elle sa mère?

Une recherche permanente menée par le gamin et l’adulte Yaz pour connaître la vérité sur ses origines.

Et Yaz, gamin et adulte en nous décrivant sa vie, et la quête de ses origines, ses frères et sœurs qui ont réussi, nous décrit cette Algérie et ses bouleversement, la crasse, la misère entourant ces palais, cette richesse opulente, et la religion omniprésente, cet islam rigoriste, cet islamisme qui gangrène la société, et régit le mode de vie des algériens.

Yaz a connu au cours de sa vie, la guerre d’indépendance de l’Algérie, ses assassinats et exécutions sommaires, ses charniers, les discours guerriers de ses leaders, la guerre des 6 jours, son matraquage guerrier et la défaite, la déroute et l’humiliation du monde musulman, la religion et la corruption, la crasse, la faim, les rationnements, la pauvreté…Yaz qui dénonce et démontre la corruption de Abdelaziz 1er, futur président de la République algérienne et de toute la société algérienne actuelle.
Yaz amoureux de la paix décrivant avec horreur la Guerre…pourquoi les homme se font la guerre…C’est quoi une bonne guerre?…Des pages également dérangeantes….

Un Yaz dont les combats visent l’intégrisme, Yaz qui souhaite une Algérie propre, Yaz qui dénonce les élites de tout temps de l’Algérie, mais Yaz qui ne peut quitter son pays, et rejoindre ses frères à l’étranger..
Avec noirceur et réalisme sans oublier l’ironie et l’humour, Yaz a écrit le roman des combats de toujours de Boualem Sansal, amoureux de l’Algérie et déchiré face à cette Algérie qu’il aimerait bien différente, débarrassée de ses maux, de la corruption, de l’intégrisme, de la pauvreté..Une Algérie qui le rejette, compte tenu des prises de position, mais qu’il ne peut quitter

Un roman dense qui mérite d’être relu….même quand on connaît la fin


Connaître Boualem SANSAL


Extraits

  • « La guerre n’est connue que par la paix qu’elle engendre, comme l’arbre se reconnaît à son fruit. La guerre qui n’apporte pas une paix meilleure n’est pas une guerre, c’est une violence faite à l’humanité et à Dieu, appelée à recommencer encore et encore avec des buts plus sombres et des moyens plus lâches, ceci pour punir ceux qui l’ont déclenchée de n’avoir pas su la conduire et la terminer comme doit s’achever une guerre : sur une paix meilleure. Aucune réconciliation, aucune repentance, aucun traité, n’y changerait rien, la finalité des guerres n’est pas de chialer en se frappant la poitrine et de se répandent procès au pied du totem, mais de construire une paix meilleure pour tous et de la vivre ensemble » (P. 108)
  • « Plus il y a de morts, plus la victoire est belle. La terre arabe a soif de sang et le peuple musulman veut des martyrs » ( P. 117)
  • « Je découvrais que les grands criminels ne se contentent pas de tuer, comme ils s’y emploient tout au long de leur règne, ils aiment aussi se donner des raisons pressantes de tuer : elles font de leurs victimes des coupables qui méritent leur châtiment » (P. 117)
  • « Quand son temps est passé, vivre est une douleur » (P. 219)
  • « Toute ma vie, j’ai senti que maman avait quelque chose sur le bout de la langue mais qu’une loi cruciale et archaïque l’empêchait de la dire, une vérité que la perfide Faïza avait évoquée devant moi, un soir de deuil, de peur et de solitude infinie. Plus fort que la vérité au sein des familles est la paix, même si celle-ci se paie cher et pourrit les cœurs. Il y a aussi la honte, ce sentiment absurde et rébarbatif est un sacré frein à la vérité, je le savais plus que d’autres. Maman pensait aussi et en premier à ses enfants, mes frères et mes sœurs, des anges innocents et clairs comme la lumière du soleil, ils n’avaient pas à connaître ces choses obscures » (P. 224)
  • « C’est peut-être une loi essentielle de la vie qui veut que l’homme efface son histoire première et la reconstitue de mémoire comme un puzzle impossible, dans le secret, à l’aune de son expérience et après bien des questionnements et des luttes, ainsi et seulement ainsi il peut faire le procès du bien et du mal, ces forces qui le portent dans la vie sur le chemin de son origine. Vivre serait donc cela, retrouver le sens premier dans l’errance et la quête… et l’espoir qu’au bout est le fameux paradis perdu, la paix simplement.  » (P. 225)

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