« Disgrâce » – John Maxwell Coetzee

DisgraceDavid Lurie, personnage central du roman, est un professeur qui s’ennuie, il ne passionne pas ses étudiants. C’est un spécialiste de Byron, sur lequel il souhaite écrire un livre. il dit lui même de lui : « l’enseignement n’a jamais été ma vocation. En tout cas, je n’ai jamais aspiré à enseigner aux autres comment mener leur vie, L’enseignement c’est un gagne-pain ».

Deux fois divorcé, il a une vie sexuelle un peu tristounette…une prostituée, toujours la même une fois par semaine qui lui apporte « Un bonheur modéré »…. Jusqu’au jour où il approche une de ses étudiantes un peu paumée elle aussi, qu’il va inviter et séduire : « La beauté d’une femme ne lui appartient pas en propre. Cela fait partie de ce qu’elle apporte au monde, comme un don. Elle a le devoir de la partager » … Comme il le lui avait demandé elle fera son devoir et partagera sa beauté… mais son père portera plainte.

Obligé de quitter l’université,et ne l’acceptant pas, voire ne comprenant pas : « Je suis plongé dans un état de disgrâce dont il sera difficile de me relever…..je vis cette disgrâce de jour en jour, en essayant de l’accepter comme l’état de mon existence…..un état de disgrâce qui n’a pas de terme », et ne sachant où aller, il va voir sa fille, Lucy, qui produit des fleurs et des légumes et garde des chiens dans une petite exploitation agricole, aidée par une famille d’ouvriers noirs.

La cohabitation avec sa fille devient difficile à la suite d’une agression violente dont ils sont tous deux victimes. Pour l’un comme pour l’autre cette agression vire au cauchemar, séquelles physiques pour l’un séquelles morales pour l’autre. La communication superficielle entre père et fille devient dorénavant difficile, l’une voulant affirmer son indépendance et son autonomie, et l’autre lui prodiguant des conseils, de père qu’elle ne souhaite pas entendre. Elle a fait sa vie depuis longtemps sans lui. Si elle l’héberge c’est parce que c’est son père. Leurs conceptions de la vie sont diamétralement opposées, et ils n’ont finalement que peu de points communs, de centres d’intérêt communs. 

Un homme pas très attachant, persuadé d’avoir toujours raison, peu conscient du mal qu’il peut faire, peu à l’écoute des autres et ne s’interrogeant jamais sur sa personnalité, décevant jusqu’à la dernière ligne « Trop vieux pour changer »

Il y a aussi Petrus et sa famille qui lorgnent sur la propriété de Lucy, ils sont noirs, ils n’étaient pas présents le jour de l’agression, les rapports entre David et Pétrus ne sont pas simples non plus.

Un livre sur les relations père-fille, mais aussi sur l’Afrique du Sud confrontée à la violence, au racisme sournois… Le premier livre, que je lis, de cet auteur prix Nobel de littérature. Je ne regrette pas ce choix. Je vais poursuivre cette découverte


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Extraits

  • « La parole trouve son origine dans la chant et le chant est né du besoin de remplir de sons l’âme humaine, trop vaste et trop vide » (P. 10)
  • « La beauté d’une femme ne lui appartient pas en propre. Cela fait partie de ce qu’elle apporte au monde, comme un don. Elle a le devoir de la partager » (P. 25 : le professeur draguant son étudiante)
  • « C’est à ça que servent les putains, après tout : elles encaissent les extases des êtres disgracieux » (P. 58)
  • Au sujet des chiens : « Ils nous font l’honneur de nous traiter comme des dieux et en retour on les traite comme des objets » (P. 101)
  • « Peut être les lesbiennes ne sont-elles rien d’autre que des femmes qui n’ont pas besoin des hommes » (P. 132)
  • « Quand vous avez des rapports sexuels avec quelqu’un d’étranger, quand vous la coincez, quand vous pesez sur elle de tout votre poids et que vous l’immobilisez, est-ce que ce n’est pas comme lorsqu’on tue? On enfonce le couteau; et on se retire ensuite, laissant un corps couvert de sang- est-ce que ce n’est pas comme un meurtre, comme si on s’en tirait impunément après un meurtre? » (P. 200)
  • « La question n’est pas de savoir si l’on regrette. La question est de savoir ce que l’on a appris. La question est de savoir ce qu’on va faire maintenant qu’on a appris » (P. 217)
  • « Je suis puni pour ce qui s’est passé entre votre fille et moi. Je suis plongé dans un état de disgrâce sont il sera difficile de me relever…..je vis cette disgrâce de jour en jour, en essayant de l’accepter comme l’état de mon existence…..un état de disgrâce qui n’a pas de terme » (P. 217)
  • « Il y a des risques à posséder quoi que ce soit : une voiture, une paire de chaussures, un paquet de cigarettes. Il n’y en a pas assez pour tout le monde, pas assez de chaussures, pas assez de voitures, pas assez de cigarettes. Trop de gens, pas assez de choses. Et ce qu’il y a doit circuler pour que tout un chacun ait l’occasion de connaître le bonheur le temps d’une journée. C’est la théorie. Tiens-t’en à la théorie et à ce qu’elle a de réconfortant. Il ne s’agit pas de méchanceté humaine, mais d’un grand système de circulation des biens, avec lequel la pitié et la terreur n’ont rien à voir »
  • « C’est une affaire de tempérament. Il est trop vieux, il ne va pas changer : le tempérament à son âge est bien établi, solidement figé. D’abord le crâne, ensuite le tempérament : les deux parties du corps les plus dures »
  • « Il continue à enseigner parce que cela lui donne de quoi vivre; et aussi parce que c’est une leçon d’humilité, cela lui fait comprendre la place qui est la sienne dans le monde. Ce qu’il y a là d’ironique ne lui échappe pas: c’est celui qui enseigne qui apprend la plus âpre des leçons, alors que ceux qui sont là pour apprendre quelque chose n’apprennent rien du tout »

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