« Une enfance de Jésus » – John Maxwell Coetzee

Une enfance de JésusUn roman captivant, mais qui laisse perplexe.
Un homme d’environ quarante-cinq ans et un gamin de 5 ans, sortent d’un camp de réfugiés qui les a accueillis à la sortie du bateau. On n’est bien incapable de localiser ni l’action ni la décennie de notre siècle et ceci tout au long du roman.

D’où viennent-ils? On l’ignore : le gamin, David récitera un poème en allemand et dira « c’est de l’anglais »…Ils apprennent l’espagnol, les noms des villes sont espagnols….

En arrivant ils ont perdu leur identité, un nom leur a été attribué, même leur âge, on les invite à ne pas garder de souvenirs: « Les gens ici se sont lavés à grande eau du passé . Vous devriez faire de même : laisser les vieilles attaches, ne cherchez pas à renouer les liens d’autrefois » .
Ils ont faim. On peut tout supposer.

L’homme, Simon, n’est pas le père de David le gamin, mais une complicité et une certaine forme d’amour les réunissent depuis le bateau. Simon met tout en œuvre pour retrouver la mère du petit, une mère au petit : il ne l’a jamais vue, mais il sait qu’il la reconnaîtra au premier regard….. David ayant perdu sur le bateau le seul document sur lequel figurait son identité.
Simon va trouver une place de docker sur le port et va se faire des amis.

Ceci pourrait être la première lecture, une lecture au premier degré de ce roman, ce qui en ferait un roman banal de (presque) mauvaise science fiction. Une approche simpliste indigne de l’auteur John Maxwell Coetzee, Prix Nobel de littérature. Celui-ci a voulu, me semble t-il, au delà de cette approche première et simpliste nous interroger, nous forcer à réfléchir, sur des grandes questions de société ou philosophiques et ceci en employant des termes simples, en utilisant des discussions, des scènes entre dockers et celles entre Simon et ce gamin de 5-6 ans qu’on découvrira surdoué, entre Simon et des travailleurs sociaux, ou un instituteur….

Il nous amène à réfléchir à divers thèmes , un par chapitre presque : l’utilité du travail manuel face à la mécanisation, le gaspillage alimentaire, l’éducation des enfants, les enfants hors normes surdoués ou non, l’enseignement et le rôle des enseignants, la paternité et la filiation, l’exil, le déracinement, l’amitié, l’adoption…….

Jamais il ne prend position, jamais il ne nous donne sa solution, mais ces personnes simples et pleines de bon sens sont peut être les plus raisonnables : « Manger pour vivre et vivre pour manger c’est bon pour les bactéries…pas pour l’être humain »
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Extraits

  • « Manger pour vivre et vivre pour manger c’est bon pour les bactéries…pas pour l’être humain » (P. 150)
  • « Comme les poissons vivent dans la mer, nous vivons dans le temps et nous devons changer avec le temps » (P. 157)
  • « Le changement est comme la marée montante. On peut monter des digues, mais l’eau finira toujours par s’infiltrer par les failles. » (P. 157)
  • « Un enfant ne renonce pas à sa liberté parce qu’il entre à l’école. Il ne renonce pas à sa liberté parce qu’il doit rester tranquille, s’il écoute ce que le maître a à dire. La liberté n’est pas incapacité avec la discipline et un travail appliqué. (P. 279)
  • « Le chaos c’est quand il n’y a pas d’ordre, pas de loi auxquelles se rapprocher. Le chaos c’est quand les choses tourbillonnent dans toutes les guerres » (P. 310)
  • « Il y a à deux écoles sur la façon d’élever des enfants. L’une prescrit de les modeler comme de l’argile pour en faire des citoyens vertueux; l’autre dit que nous ne sommes enfants qu’une seule fois et qu’une enfance heureuse est la base d’une vie ultérieure heureuse. » (P. 341)

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