« Le petit joueur d’échecs » – Yoko Ogawa

Le petit joueur d'échecsUn gamin, handicapé – il a les lèvres soudées à la suite d’une malformation de naissance mal corrigée – et solitaire rencontre un autre handicapé obèse quant à lui, incapable de se déplacer, vivant dans un autobus dont il ne peut sortir du fait de sa taille,  et donc également solitaire qui devient son ami et lui apprend les subtilités et la philosophie du jeu d’échecs. Progressivement il devient « Little Alekhine » en référence au  maître des échecs, Alexandre Alekhine, joueur franco-russe, en développant son propre jeu : Il se positionne sous l’échiquier et reconnait les déplacements des pièces à leur mélodie. Son maître lui dit : « Les échecs se pratiquent à deux, l’adversaire et soi-même, c’est une mélodie que l’on interprète à deux. C’est pourquoi, un jeu aussi pur que le tien est réduit à néant si le son de l’adversaire est brouillé. Moi je ne veux pas te voir jouer ainsi. Toi tu es capable de jouer de telle sorte que tout le monde en a le souffle coupé. Sur l’échiquier, non, sous l’échiquier tu peux graver un poème »

Il joue à l’aveugle : « Il y voyait beaucoup mieux quand il n’avait pas les pièces devant lui. La mélodie jouée sur l’échiquier à l’intérieur de sa tête était beaucoup plus subtile. » Sous l’échiquier il « peut graver des poèmes ». Du fait de sa petite taille, il joue dans un automate qu’il manœuvre. Cette vie de joueur le transportera dans un hospice réservé à des joueurs d’échecs, où il sera chargé de jouer contre eux, caché dans son automate.  

L’auteur joue des oppositions tout au longs de ce roman, : Ce petit gamin ami d’une jeune éléphante incapable de descendre, une fois adulte, du toit de de l’immeuble sur lequel elle a été transportée dans sa jeunesse, ce gamin ami d’un homme obèse, un échiquier dans lequel les pions sont des hommes et l’échiquier le plus petit du monde, visible dans un musée,un hospice d’une taille démesurée, dont les plans s’inspirent de l’échiquier, dans une pièce duquel joue enfermé dans un coffre d’automate ce gamin devenu adulte de petite taille….. 
 
Un roman sur le jeu d’échecs et leur philosophie, que l’on appréciera encore mieux, je pense, si l’on connait ce jeu. Les descriptions des parties, des mouvements des pions, n’ont pas apporté pas grand chose au néophyte que je suis. On a souvent l’impression d’être à l’extérieur d’un cercle impénétrable. Seules sont intéressantes, à mes yeux les pensées qui traversent, lors des parties l’esprit des joueurs, leurs brefs échanges de conversations : « Le coup le plus fort n’est pas nécessairement le meilleur ». On est un peu noyé par « l’océan des échecs » – c’est ainsi que le jeune joueur, narrateur appelle l’état de flottement dans lequel il entre lorsqu’il joue. 
 
Ce gamin est pourtant attachant et humain, il devient un peu une bête de foire, une fois caché dans son automate. Il joue pour son plaisir, certes  mais aussi pour amuser les autres, il n’a eu que deux amis, Mira une jeune fille accompagnée de sa colombe, et l’homme obèse.. 
 

Un gamin qui ne nous laisse pas indifférent, la découverte de ce monde inconnu non plus.


Connaitre Yoko Ogawa


Extraits pour découvrir
  • « Bâtir son propre style, exprimer sa vision de la vie, se vanter de ses propres capacités, se montrer sous son meilleur jour : tout cela est totalement inutile. Tout cela ne sert absolument à rien. L’univers est beaucoup plus vaste que soi-même. Si l’on se préoccupe de son petit soi insignifiant, on ne peut pas véritablement jouer aux échecs. Libéré de soi-même, en dépassant le sentiment de vouloir gagner, on voyage librement dans l’univers des échecs…Si l’on peut faire cela, c’est merveilleux, n’est-ce pas ? »
  • « Le hasard n’est jamais un allié. Même les rencontres pour lesquelles on pense avoir eu de la chance ne sont pas dues à un hasard tombé du ciel, mais à la propre force du joueur. Sur l’échiquier apparaît tout du caractère de celui qui déplace les pièces, dit le maître du ton docte de celui qui lit un serment. Sa philosophie, ses émotions, son éducation, sa morale, son ego, ses désirs, sa mémoire, son avenir, tout. On ne peut rien dissimuler. Les échecs sont un miroir qui donne une idée de ce qu’est l’homme. »
  • « – Si on fait le calcul, le nombre de transcriptions ( de parties d’échecs ) possible est de 10 puissances 123. Il y en a plus que le nombre de particules qui forment l’univers.
    – C’est vrai ?
    Apparemment surprise, Miira leva les yeux vers le ciel. Derrière la cime des arbres quelques étoiles étaient encore allumées.
    – Alors, jouer aux échecs, c’est peut-être comme si on marchait en voyageant d’étoile en étoile, tu ne crois pas ? »
  • « – Son silence n’était pas une menace ni une manière de se montrer fort. C’était plutôt tout simplement pour s’effacer.
    – Cela est en relation avec le fait d’être fort ou faible aux échecs ?
    – Bien sûr que oui. Les échecs sont un jeu où chacun doit absolument déplacer une pièce. On ne peut pas passer son tour. Et même si ce n’est qu’un pion sur une seule case, les pièces bougent sur l’échiquier. Néanmoins, il faut pouvoir rester calme, on ne peut y arriver que si on est fort.
    – Il était si fort que ça ? Je croyais que c’était simplement un vieux grand-père bavard.
    – Mais pas du tout. C’était un joueur d’échecs remarquable, persuadé que l’on devait s’approcher au plus près de la vérité. C’est pourquoi il s’est débarrassé de son moi pour plonger dans l’océan des échecs. »
  • « – Si les échecs étaient un jeu uniquement d’intelligence, les transcriptions ne seraient rien de plus que des signes, sans doute, lui répondit le maître. Mais la victoire ne se décide pas sur une bonne ou une mauvaise intelligence.
    – Il faut aussi de la chance ?
    – Non, la chance n’y est pour rien. Le hasard n’est jamais un allié. Même les rencontres pour lesquelles on pense avoir eu de la chance ne sont pas dues à un hasard tombé du ciel, mais à la propre force du joueur. Sur l’échiquier apparaît tout du caractère de celui qui déplace les pièces, dit le maître du ton docte de celui qui lit un serment. Sa philosophie, ses émotions, son éducation, sa morale, son égo, ses désirs, sa mémoire, son avenir, tout. On ne peut rien dissimuler. Les échecs sont un miroir qui donne une idée de ce qu’est l’homme. »

 

 

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