« Les putes voilées n’iront jamais au Paradis » – Chahdortt Djavann

les-putes-voilees-niront-jamais-au-paradisJe sors de cette lecture, un peu sonné, groggy, révolté….et toujours autant étonné par la variété des thèmes des livres de Chahdortt Djavann, et par la force de son écriture.
Admiratif..
Un titre violent, provocateur qui ne peut qu’intriguer.
On sait d’avance que ce livre est fait pour éveiller la conscience du lecteur, pour le déranger.
Chahdortt Djavann, a quitté l’Iran en 1993, et a appris le français en grande partie seule. C’est le thème de « Comment peut-on être français ? ». l’Iran des Ayatollahs l’avait emprisonnée et tabassée.
Oui, ce livre nous parle des putes iraniennes, putes que l’on trouve partout, c’est souvent la seule façon pour de nombreuses femmes iraniennes de gagner un peu d’argent, de survivre …et finalement ne sont-elles pas toutes considérées comme telles ?

Mais il n’y aurait pas de putes sans ces hommes, sans ces grands malades, sans ces grands tarés pour lesquels la femme, dès dix ans, voire avant, n’est qu’un « trou permettant de se soulager ». Ces hommes et ces religieux qui considèrent la femme comme un être inférieur, qu’on peut vendre, violer, mais une chose, une « marchandise » qu’on doit cacher sous des foulards, des tchadors noirs. Une chose qui ne peut marcher dans la rue sans être sifflée, accostée. Elle se déplace sans bruit …une ombre
Il n’y aurait pas de prostitution, sans ce régime qui autorise des hommes à épouser des gamines non formées, non réglées de 10 ans, ce régime qui autorise un homme à avoir 4 femmes, et si ça ne lui suffit pas, « selon l’article 1075 du code civil de la charia iranienne, un homme marié, outre ses quatre femmes officielles, peut contracter autant de sighehs simultanées qu’il le désire « . Le sigheh étant un « mariage légal et reconnu » pour une heure, pour une semaine, voire plus. 
« Cette loi est écrite, noir sur blanc et attribuée, comme toujours à la volonté d’Allah, dans que l’on ait demandé l’avis de ce dernier. »
Des putes pour riches et d’autres pour les pauvres. Une prostitution légalisée pour le plaisir des hommes, mais des femmes fouettées, pendues parce qu’elle se prostituent. 
Et une grande question qui agite les religieux : Comme le sang de ces femmes est « un sang sans valeur », peut-on les tuer impunément?
Hypocrisie d’un régime qui autorise voire favorise le plaisir des hommes, mais punit les pauvres femmes qui en sont victimes. Des femmes abandonnées parce qu’elles sont trop vieilles ou déformées par les maternités..Des femmes se retrouvant seules et sans ressources, parce que leur mari a été emprisonné ou exécuté pour trafic ou possession de drogue, sont contraintes de se prostituer pour faire vivre leur gamins. Contraintes au risque de leur vie. Et quand on retrouve leur corps sans vie au coin d’une rue, on s’empresse de les jeter à la fosse commune.
Pour nous faire partager cette hypocrisie iranienne, islamiste, Chahdortt Djavann écrit le roman de deux gamines, deux amies, très belles Zahra et Soudabeh que nous suivront au fil du livre, vie entrecoupée de témoignages de femmes contraintes par la vie de choisir la prostitution pour vivre, chapitres se terminant par « retrouvée étranglée pas son voile » ou « fouettée de 180 coups de fouet et pendue »…. ou autre
Un livre noir comme ces tchadors, noir comme ce régime, noir comme ces religieux.
Un livre parfois très cru quand on lit les témoignages de ces femmes, mais elles sont la face visible du régime. Derrière cette face visible, on découvre ce régime, ces hommes, l’islamisme, l’enfer
Alors c’est forcément cru, violent, très dérangeant.

Et surtout on apprend à ne pas juger ces femmes, certaines exercent ce « métier » par plaisir, mais combien le font parce qu’elles n’ont pas d’autre solution. Faut-il les blâmer, les exclure..N’ont elles pas une utilité sociale…..en Iran et …..ailleurs?


Quelques lignes 
  • « C’est sur que des putes pareilles n’iront pas au Paradis. » (P. 13)
  • « Vu sa grande beauté, son père la maria à douze ans, alors qu’elle n’avait pas encore eu ses règles et que ses seins n’avaient pas poussé. «Une fille si belle est un danger permanent, une tentation diabolique même pour ses propres frères.» disait-on. Elle fut obligée de quitter l’école, non sans chagrin. Les deux amies avaient beaucoup pleuré, dans les bras l’une de l’autre. Leur rêve de s’enfuir vers une vie meilleure prenait fin. » (P. 19)
  • « Être une fille dans la pauvreté est une malédiction. Un garçon, même drogue et trafiquant, prend au moins plaisir à  vivre certaines choses, par exemple la sexualité. » (P. 29)
  • « Un rien fait de vous une pute, dans cette contrée. Femme, dès qu’on vous remarque, pour quelque raison que ce soit, vous êtes forcément une pute. Une femme vertueuse est une femme invisible. Un tchador noir que rien ne distingue des autres tchadors. Un tchador seul, sur une route déserte, si austèrement fermé qu’il soit, se fait remarquer,il s’y cache donc une pute. » (P. 44)
  • « La prostitution est un des fléaux qui gangrènent le pays à l’instar du chômage et de la drogue, alors qu’officiellement elle est prétendue inexistante. Morale des tartufes » (P. 52)
  • « Je ne vends pas mon corps. Je couche en échange d’argent. C’est un métier honnête et les gens en ont pour leur fric. Et quand je ne travaille pas, je suis une femme comme tant d’autres. C’est drôle que, dans ce monde de putes ou la corruption, le crime et la prostitution de tout genre gangrènent les sociétés, on s’en prenne à nous, ça en dit long sur la régression de notre époque. Ce n’est pas pour rien que, dès que les extrémistes islamistes s’emparent du pouvoir, ils s’en prennent tout de suite au plaisir en général, et au plaisir sexuel en particulier. » (P. 80)
  • « Les femmes ne sont pas respectées dans ce pays, alors vous imaginez les prostituées. » (P. 103)

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