« Harkis, un passé qui ne passe pas » – Katia Khemache

Harkis, un passé qui ne passe pasLes plus anciens d’entre nous, ceux qui ont connu la blouse à l’école primaire, se souviennent certainement de cette période du début des années 60, de la fin de la guerre d’Algérie. Après Zappy Max, on nous imposait le calme au moment des informations qu’on écoutait dans un silence religieux à la radio. Nos préoccupations de gamins ne nous permettaient pas de tout comprendre, mais nous saisissions bien inconsciemment, du fait des visages soucieux de nos parents, le drame de la situation.  
Puis nous vîmes arriver sur nos bancs d’école, en cours d’année, de nouveaux camarades avec un accent inconnu : l’instituteur ou les parents nous expliquèrent….La fin de la guerre, les enfants de rapatriés, un, deux, trois par classe.  Je n’ai entendu parler des Harkis, que quelques années plus tard – aucun camp n’existait à proximité du domicile familial – quand les journaux radio nous firent part de leur existence, quand leurs représentants s’exprimaient, ou quand sur la route des vacances vers le soleil du midi, nous croisions un de ces camps aux baraques sinistres rappelant un peu celles d’autres camps. Aucun de leurs enfants ne fréquentait nos écoles. 

Alors quand Babelio m’a proposé de découvrir ce livre, j’ai immédiatement accepté : désir de retrouver certains souvenirs de jeunesse et surtout, et je pense pas être le seul, désir d’en savoir plus, besoin de passer outre les images et les idées reçues ou déformées.
Katia Khemache a effectué un travail remarquable de collecte d’informations, d’analyse politique et sociale, de collecte de « petits mots » d’hommes politiques s’exprimant au sujet des Harkis.Un travail historique présenté en un peu plus de 150 pages, permettant de montrer si besoin était l’attitude déshonorante de la France, et des ses hommes politiques- y compris le plus grand par la taille et la fonction, de Gaulle qui considérait « que leur place était en Algérie, où les accords d’Evian étaient censés les protéger. » 
Tous savaient pourtant que là-bas seul le sourire kabyle leur était réservé. Pour les autres algériens, les Harkis et leur familles étaient des traîtres, des collabos qui s’étaient mis au service de la France ennemie et donc ne méritaient que la mort la plus infamante et horrible possible.
Un rappel historique sur près d’une trentaine d’années et une analyse édifiante de l’attitude peu honorable de la France à l’égard de ces Harkis, ces supplétifs qui l’avaient informée et aidée pendant ces années de guerre.
Certains voulaient les laisser à leur triste sort en Algérie, et finalement on les parqua pendant des années dans des camps qui avaient accueilli d’autres réfugiés lors de la guerre d’Espagne ou autres. Bref, plus ils étaient loin des yeux mieux c’était.
Katia Khemache nous retrace l’histoire de leurs révoltes, jusqu’en 1991. Elle nous rappelle qu’un président socialiste de Région, Georges Frèche les qualifia de « sous-hommes » et qu’ils durent lutter au total pendant trente ans afin de quitter leur ghettos.
Il en a fallu du temps afin qu’il soient considérés  comme des « Français à part entière non entièrement à part. »
Mais le sont-ils pour tous ?

Merci aux éditions Cairn pour cet éclairage 

Editions Cairn – 2018 – 161 pages

Quelques mots sur Katia Khemache


Quelques lignes

  • « Cette appellation générique renvoie à une réalité multiforme : ex-supplétifs, nombreux civils, élus locaux, fonctionnaires, notables musulmans, élites francisées comme les hauts fonctionnaires demeurés engagés auprès de la France sont assimilés aux Harkis, même si ces derniers n’ont pas connu le parcours de ces ex-supplétifs. » (P. 14)
  • « En effet, pour de Gaulle, les Harkis n’étaient pas des Français (à l’exception de ceux qui avaient  opté pour la pleine citoyenneté française impliquant la soumission au code civil) et considérait que leur place était en Algérie, où les accords d’Evian étaient censés les protéger. Mais ils ne sont donc pas pleinement rapatriés car ils ne bénéficiaient pas du statut de citoyen Français dans l’ancienne colonie. Les Harkis correspondaient à un autre statut colonial » (P. 51)
  • « L’expérience commune du racisme et du chômage pousse les enfants des Harkis à s’identifier aux enfants d’immigrés, voire à se rapprocher d’eux. Lorsque la banlieue sud de Lyon, les Minguettes, s’enflamme à l’été 1981, les deux jeunesses semblent se liguer enterrant ainsi le contentieux historique qui enfermait leurs pères. » (P. 97)

 

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