« L’abattoir de verre » – John Maxwell Coetzee

L'abattoir de verreSept petits textes, sept petites nouvelles indépendantes les uns des autres écrites entre 2003 et 2017. Indépendantes en apparence….
Mais un personnage récurrent, une vieille dame nommée à trois reprises, Elisabeth Costello, personnage qu’on retrouve dans l’un des titres de Coetze, qu’il me reste à découvrir. J’aurais sans doute mieux apprécié la pensée et le projet de l’auteur dans « L’abattoir de verre » si j’avais mieux connu cette vieille dame, ce personnage de l’auteur. J’aurais ainsi sans doute disposé de meilleurs repères !
Toutes ces nouvelles prises dans le hasard des jours ont pour thème le temps qui passe, les menus désagréments qui gâchent la vie, la dégénérescence du corps et de l’esprit, l’angoisse de la mort, le besoin de profiter de chaque moment, de chaque occasion. 

Une invitation sans doute à profiter de chaque instant de la vie, surtout quand le lecteur reçoit cette claque en pleine figure : « La vérité vraie, c’est que tu es en train de mourir. La vérité vraie, c’est que tu es déjà sans défense, que demain tu seras encore plus démunie, et ainsi de suite, jusqu’au jour où il n’y aura plus d’aide du tout. La vérité vraie, c’est que tu n’es plus en mesure de négocier. (…) Tu ne peux pas dire Non au tic-tac de la pendule. Tu ne peux pas dire Non à la mort.»
L’angoisse de la mort, la peur de la perte de ce qui fait les beaux jours de l’âge, les petits enfants, l’amour physique, nos rapports aux animaux, mais aussi les désagréments de l’âge, les petits désagréments du quotidien, les handicaps dus à l’âge, la dépendance, la peur de la souffrance du corps et de l’esprit…et le désir de plaire, de toujours plaire y compris en pratiquant l’adultère. Et également toutes les interrogations qui souvent occupent l’esprit comme celles liées à l’existence ou non de Dieu.
Autant de questions, cruelles parfois, qui font l’automne de la vie:  « Tout comme le printemps est la saison qui regarde l’avenir, l’automne est la saison qui regarde vers l’arrière. Les désirs conçus par un cerveau automnal sont des désirs d’automne, nostalgiques, entassés dans la mémoire. Ils n’ont plus la chaleur de l’été», une saison de la vie qu’affronte l’auteur, et certains de ses lecteurs dont je suis.
Les animaux tiennent une place importante dans ces nouvelles, comme dans la vie de nombreux humains, des animaux qui permettent souvent de vaincre la solitude, mais que nous maltraitons souvent, à l’image de ces poussins d’un jour, broyés parce qu’ils sont du mauvais sexe..
Une image de ces hommes et femmes broyés par notre société, parce qu’ils sont différents? Ne sommes nous pas parfois comme ces poussins sur le tapis roulant qui les emportent vers la mort et qui pensent peut-être « youpi, j’ai réussi le test! »
Il y a tant de lectures, tant d’interprétations possibles de chacune de ces nouvelles…C’est certain je relirai cet ouvrage, par nostalgie sans doute, mais surtout parce que je me suis reconnu dans cette vieille dame, dans ses questionnements, dans ses cheveux gris, dans son désir de vivre chaque petit bonheur. 
Et surtout parce que cette écriture me donne tant de plaisir !
Éditions Seuil – 2018 – Traduction : Georges Lory- Parution initiale 2017 – 166 pages

Présentation de John Maxwell Coetzee


Quelques lignes

  • « Une alliance est le seul signe visible qui distingue une femme mariée d’une femme qui est simplement une femme. S’il existe un autre signe, invisible, elle ne voit pas ce que ça peut être. Plus précisément, quand elle interroge son cœur, elle constate seulement qu’elle est elle-même. » (P. 27)
  • « Juste encore une fois ou deux dans ma vie, je veux qu’on me regarde comme on regarde une femme. C’est tout. Juste un regard. Rien de plus. Je ne veux pas effectuer ma sortie sans avoir vécu cette expérience. » (P. 36)
  • « À mesure que nous prenons de l’âge, chaque partie de notre corps se détériore ou souffre d’entropie, jusqu’à la moindre cellule. Les vieilles cellules, même toujours saines, sont frappées par les couleurs de l’automne. Cela vaut aussi pour les cellules du cerveau : frappées par les couleurs de l’automne. » (P. 66-7)
  • « Que trouvons-nous d’inacceptable dans la mort douloureuse ? Plus précisément, si nous sommes préparés à infliger la mort à autrui, pourquoi souhaitons-nous lui épargner la douleur ? En plus de la mort elle-même, qu’y a-t-il d’inacceptable à nos yeux quand il s’agit d’infliger une mort douloureuse ? » (P. 141)

2 réflexions sur “« L’abattoir de verre » – John Maxwell Coetzee

    • La traduction est faite par Georges Lory, c’est précisé en fin de commentaire, avant les citations. Il en est ainsi, depuis quelques années sur mon blog, pour tous les livres d’auteurs ne publiant pas en français. Systématiquement les traducteurs sont mentionnés. C’est ma volonté de les mettre en valeur.

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