« La transparence du temps » – Leonardo Padura

Certains passages du temps sont plus difficiles que d’autres ….

Ils ont le don de vous donner le cafard…Passer le chiffre des 60 est pénible…Je vous parle en connaissance de cause…

Alors je comprends les états d’âme du futur sexagénaire Mario Condé, états d’âme que dut affronter également son papa de plume Leonardo Padura…

Le meilleur moyen de passer cette étape, c’est surtout de ne rien changer à ses habitudes, de conserver ses envies, et sa passion. Passion des livres anciens, de livres que Condé déniche et vend. Mais aussi conserver des amis avec lesquels on peut partager un repas accompagné de verres de rhum. Aussi quand un vieux copain de lycée toque à la porte de Mario Condé, en pleurant parce qu’on lui a volé la statue d’une vierge noire lui venant de sa maman, il ne peut rien lui refuser…

Une vierge noire…Pas banale me direz-vous : rares en tout cas et donc inestimables, sont ces vierges qui illuminent certaines églises et cathédrales par leur beauté et leurs siècles d’Histoire..Ces vierges dont on connaît assez mal les conditions de leur arrivée. Aussi bien en Espagne qu’en France. Les fidèles leur prêtent des pouvoirs miraculeux.

Alors l’instinct de vieux chien de chasse de Mario Condé se réveille, sa mélancolie le laisse au repos, et sa passion renaît, aussi déterminée qu’avant. Tout est là pour l’accompagner dans ses états d’âme et dans sa détermination, dans les histoires compliquées, les rebondissements, les coups tordus. Ses amis bien sûr, ses anciens collègues et sa fidèle Tamara répondent toujours « présents » !

Un polar qui nous entraîne dans les bas fonds et les bidonvilles de La Havane, lieux de misère, et aussi dans les bouges qui servent des rhums aux origines parfois douteuses, dans tous ces lieux livrés aux trafiquants divers.

A côté d’eux, quelques opportunistes savent profiter d’une porte entre-ouverte du pays pour s’enrichir, en n’hésitant pas à écraser leurs congénères ou en vendant des faux plus vrais que nature, faux tableaux, fausses œuvres d’art made in China. Nombreux sont ceux qui rêvent de partir, de rejoindre la Floride…rêver n’est pas interdit ! Tous les moyens sont bons pour prendre le large.

Rien de bien nouveau sous les cieux de la Havane!

Votre transport dans les pages sera assuré par ces vieilles bagnoles cinquantenaires et américaines, mille fois démontées, mille fois refaites et trafiquées….

Et surtout voyage dans le temps, aux cotés des frères templiers qui se battent au Moyen Orient et se font tuer par les infidèles pour sauver le roi de France Saint-Louis sous les remparts de Saint-Jean d’Acre. 

Voyage aussi dans l’Espagne de 36, pendant laquelle les curés étaient exécutés, les églises pillées et brûlées.

Bref, on ne s’ennuie pas.

Même si Mario a pris de la bouteille, aux sens propre et figuré, il reste toujours Condé, ce « condé » qui a du flair, des potes qui le soutiennent, Condé que j’ai eu l’occasion d’apprécier dans d’autres romans.

Leonardo Padura reste l’homme qui aime son pays riche de son rhum et de ses habitants tous animés de débrouillardise…Cuba qu’il aurait sans doute pu quitter mille fois, mais qu’il adore quand même malgré tout.

Cuba dont la devise non avouée devient « Communisme, non ; consumérisme, oui. »

Cuba qu’il nous fait aimer ! 

Et intéressez-vous à ces vierges noires, aux conditions de leur arrivée en France, à leur histoire. Les plus célèbres sont à Chartres, au Puy en Velay, à Rocamadour…mais pas seulement. Il y en a également de nombreuses moins connues en France et dans d’autres pays, en Autriche, en Allemagne. 

La lecture de polars peut, elle aussi, ouvrir des horizons nouveaux et nous instruire

…Ceux de Padura, nous confirment qu’on peut être vieux sans être un « Vieux C..!!! »

Éditions Métailié -Traduction : Elena Zayas – 2019 – Parution initiale 2018 – 427 pages


Présentation de Leonardo Padura


Quelques lignes

  • « Il savait parfaitement qu’être vieux – même sans en arriver à être un vieux merdique – s’avère être une condition horripilante du fait de tout ce qu’elle implique, en particulier parce qu’elle est indissociable d’une menace inflexible : la proximité numérique et physiologique de la mort. Parce que deux et deux font quatre. Ou plutôt : quatre moins trois égalent un… seulement un, un quart de vie, Mario Conde. » (P. 11)
  • « Les vieilles voitures américaines tant de fois réparées qui roulaient depuis cinquante, soixante et même soixante-dix ans, régnaient encore sur ces rues. Leur simple existence défiait les lois du marché, de la mécanique universelle et de l’environnement avec leur interminable durée de vie transformée en présence bruyante dont les gaz d’échappement étaient expulsés en grands jets noirs vers les poumons des passants et, en dernière instance, vers ce qui restait de la couche d’ozone. » (P. 78)
  • « Cette vierge a été faite par quelqu’un et dans un but précis : un artiste l’a pieusement sculptée dans ce bois noir parce qu’il voulait dire quelque chose, justement avec cette couleur, il l’a assise sur une chaire parce qu’il voulait représenter son grand pouvoir sur les hommes, il lui a donné des couleurs et de la vie pour la rendre plus proche et plus rayonnante, plus belle aussi… Celui qui l’a faite ou celui qui l’a commandée voulait représenter à travers elle l’origine de toutes choses, la terre où tombe le grain et où naît la vie, la mère du Rédempteur qui désirait faire de notre terre un monde meilleur. » (P. 121)
  • « Sous la torture un homme peut avouer les mensonges les plus absurdes, car ce n’est plus lui qui parle mais ses peurs libérées, portées à leur paroxysme… » (P. 276)

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