« Le nazi et le barbier » – Edgar Hilsenrath

Un livre, une farce,  pleine d’humour, dérangeante, iconoclaste, mais un livre qu’on ne peut pas lâcher, comme deux de ces autres œuvres, « Nuit » et Fuck America »Un tortionnaire nazi, raconte son enfance, sa vie de tortionnaire dans un camp puis sa décision de prendre l’identité d’un juif qu’il a persécuté pour sauver sa peau face à l’avancée des troupes russes, puis enfin sa vie de juif. Presque un dédoublement de personnalité, puisqu’il va prendre la religion juive, émigrer en Palestine, faire les guerres pour l’indépendance d’Israël, en prendre les modes de vie, apprendra l’hébreux….

On s’interroge en permanence : est-il sincère dans sa judéité, alors qu’il rappelle en permanence son nom de tortionnaire?

Malgré le thème « Le nazi et le barbier » est un livre drôle et pas du tout larmoyant. L’auteur, Edgar Hilsenrath, bien que juif ayant souffert dans sa jeunesse du régime nazi, des persécutions et des ghettos, se moque des juifs, des allemands, des nazis, des sionistes, des anglais…. Personne n’est épargné.

Mais cet humour touche au but : il s’agit toutefois d’un livre grave dans l’ensemble, horrible parfois.

Par exemple, le peuple allemand fanatisé applaudit et dit « Amen » à la fin du discours d’Hitler prêchant sur le mont des oliviers….. Le garçon juif est décrit comme un jeune homme blond aux yeux bleus, le nazi au contraire, fils de pute a un nez crochu, des yeux de grenouille, des lèvres charnues, des pieds plats, mais c’est très tôt un tortionnaire de rats, plus tard le tortionnaire sera torturé…. Malgré son apparence « il est fils illégitime mais aryen pur souche », de 5 pères possibles tous aryens pur souche également.

En toile de fonds de ce livre, une histoire rapide de la monté du nazisme, vue du coté des tortionnaires allemands et de l’indépendance d’Israël…..vue du coté juif et sioniste.

Les quelques pages de fin posent le problème du jugement de ces tortionnaires, de tous les tortionnaires….avec le sourire, mais toutefois toujours mais gravité, voire posent un vrai problème philosophique.

On peut juste regretter quelques longueurs une fois le héros arrivé en Palestine.

Ce livre Le Nazi et le Barbier, écrit en 1968-69 (peu après la guerre des 6 jours), n’ayant pas trouvé d’éditeurs en Allemagne, fut d’abord publié aux Etats-Unis, en 1971, puis en France. Parler de l’Holocauste  avec dérision à cette époque, n’était pas convenable de même lorsque l’on parlait, il était impossible d’utiliser le grotesque, pour présenter le mécanisme du nazisme. Ce livre est devenu  un best-seller, en Allemagne, quelques années plus tard.


Plus sur Edgar Hilsenrath


Extraits

  • « La rue grouillait de gens arborant la croix gammée. Ils balançaient gaiement les bras en l’air tandis que les autres qui ne portaient pas de brassard, se tenaient tranquilles, sans bouger les bras, je veux dire, sans frétiller: des caniches mouillés rentrant la queue entre les jambes » (P.52)
  • « Ici c’est la réunion des ratés. Il y a les dégonflés, il y a les lèche-culs professionnels et d’autres qui ont loupé le coche, soit parce qu’ils manquaient de souffle, soit parce qu’ils n’ont jamais appris à ramper dans les règles de l’art, ou que le cul qu’ils léchaient n’en avait jamais assez » (P.55)
  • « Un antisémite, c’est comme un cancéreux. À un stade trop avancé, ça ne sert à rien d’opérer » (P. 224)
  • « Tôt ou tard on finira par me haïr, moi. Vous voulez savoir pourquoi? Parce que je suis juif! Point barre! » (P. 239)

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