« Le feu » – Henri Barbusse


Le feu
Après avoir vu les émissions spéciales, les films d’époque montés en séries et présentés à la télévision à l’occasion du centenaire de la guerre de 1914-18, j’ai eu besoin de prendre le temps de lire des livres de témoignages écrits par ceux qui ont vécu cette épreuve, non pas des livres de combats, mais des livres sur la vie au quotidien de ces poilus.

Ces poilus, ces « hommes , des bonshommes quelconques arrachés brusquement à la vie. Comme des hommes quelconques pris dans la masse, ils sont ignorants, peu emballés, à la vue bornée, pleins d’un gros bon sens, qui parfois déraille; enclins à se laisser conduire et à faire ce qu’on leur dit de faire, résistants à la peine, capables de souffrir longtemps ».(P.59)

Un livre qui nous fait vivre, ce qu’aucun documentaire nous montrera, l’oisiveté et l’ennui dans les tranchées, les bagarres entre poilus pour des futilités, les bobards et fausses nouvelles, les civils qui exploitent les poilus quand ils se reposent à l’arrière après être montés en  première ligne, les profiteurs et « embusqués » de l’arrière, les corvées, la faim, l’arrivée du courrier, la recherche d’allumettes ou de tabac pour la pipe, les permissions dans un pays « séparé en deux pays étrangers : l’avant, tout là-bas, où il y’a trop de malheureux; et l’arrière, ici où il y’a trop d’heureux »(P. 348)… »

Bien sur les scènes de combat, les morts, les blessés, les gueules cassées, la souffrance, le froid, la boue qui pénètre tout, la perte des camarades sont toujours présents, mais ce livre n’est absolument un livre qui glorifie la guerre mais un livre contre la guerre, un livre pacifiste et antimilitariste. « On parle de la sale face boche. Les hommes de troupe, j’sais pas si c’est vrai ou si on nous monte le coup la dessus aussi, et si, au fond, ce ne sont pas de hommes à peu près comme nous. »(P.44).

Il complète très bien les documentaires que nous seront appelés à voir en cette année anniversaire, car il nous donne les impressions des poilus, il nous retranscrit leurs souffrances, leur vie. 

Une violence qui fait douter de l’existence de Dieu : « Je ne crois pas en Dieu, je sais qu’il n’existe pas – à cause de la souffrance. On pourra nous raconter les boniments qu’on voudra, et ajuster la dessus tous les mots qu’on trouvera, et qu’on inventera : toute cette souffrance innocente qui sortirait d’un Dieu parfait, c’est un sacré bourrage de crâne »(P. 329)

Henri Barbusse, qui fut l’un de ces poilus, a publié ce livre en pleine guerre en décembre 1916, un livre indispensable pour comprendre la chance que nous avons de vivre en paix.


Plus sur Henri Barbusse


Extraits

  • « Sur les vingt cinq km de largeur qui forment le front de l’armée, il fait compter mille km de lignes creuses : tranchées, boyaux, sapes. Et l’armée française à dix armées. Il y’a donc du côté français environ dix mille km de tranchées et autant du côté allemand. » (P. 38)
  • « On parle de la sale face boche. Les hommes de troupe, j’sais pas si c’est vrai ou si on nous monte le coup la dessus aussi, et si, au fond, ce ne sont pas de hommes à peu près comme nous. »(P.44)
  • « Ils sont des hommes, des bonshommes quelconques arrachés brusquement à la vie. Comme des hommes quelconques pris dans la masse, ils sont ignorants, peu emballés, à la vue bornée, pleins d’un gros bon sens, qui parfois déraille; enclins à se laisser conduire et à faire ce qu’on leur dit de faire, résistants à la peine, capables de souffrir longtemps. » (P. 59)
  • « Ton papa i’dit, n’est ce pas « pourvu que la guerre continue » hé?
    Pour sur, dit l’enfant en hochant la tête, parce qu’on devient riche. Il dit qu’à la fin d’mai on aura gagné cinquante mille francs »(P. 92)
  • « Quand on apprend ou qu’on voit la mort d’un de ceux qui faisaient la guerre à coté de vous et qui vivaient exactement de la même vie, on reçoit un choc direct dans la chair avant même de comprendre. C’est vraiment presque un peu son propre anéantissement qu’on apprend tout d’un coup. Ce n’est qu’après qu’on se met à regretter »(P.308)« Je ne crois pas en Dieu, je sais qu’il n’existe pas – à cause de la souffrance. On pourra nous raconter les boniments qu’on voudra, et ajuster la dessus tous les mots qu’on trouvera, et qu’on inventera : toute cette souffrance innocente qui sortirait d’un Dieu parfait, c’est un sacré bourrage de crâne » (P. 329)
  • « Le spectacle de ce monde nous a enfin donné, sans que nous puissions nous en défendre, le révélation de la grande réalité : une Différence bien plus profonde et avec des fossés plus infranchissables que celle des races : la division nette, tranchée et vraiment irrémédiable celle-là, qu’il y a parmi la foule d’un pays entre ceux qui profitent et ceux qui peinent….ceux a qui oń à demandé de tout sacrifier, tout, qui apportent jusqu’au bout de leur nombre, leur force et leur martyre, et sur lesquels marchent, avancent, sourient et réussissent les autres » (P.348)

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