« Les cercueils de zinc » – Svetlana Alexievitch

Les cercueils de zincLa guerre menée en Afghanistan par l’URSS de 1979 à 1986, vue à travers les témoignages de soldats russes et de leurs familles. Des soldats qui partaient, au début du conflit, apporter le progrès et le confort aux frères Afghans mais qui une fois arrivés se trouvaient confrontés, à une sale guerre, à la violence et aux brimades des anciens qui les humiliaient, à la violence des combats, aux mutilations sexuelles en cas de capture, à un armement dépassé face à celui qui équipait les moudjahidines, équipement fourni par l’occident.

Et, à leur retour ces soldats étaient rejetés et méprisés, considérés comme des assassins, obligés de se regrouper, de se retrouver dans l’alcool, de vivre ensemble avec leurs faibles allocations et leurs handicaps, leurs fauteuils roulants, leurs membres arrachés, leurs gueules cassées, et moqués par tous ceux qui avaient tout fait pour se faire exempter et faire leur service en URSS.

Des témoignages terribles également sur la détresse et la douleur des familles auxquelles on remettait un cercueil scellé impossible à ouvrir, ne sachant pas s’il contenait le corps de leur enfant ou d’un autre, ces familles qui ne recevaient parfois qu’une petite boite pour tout cercueil pour recevoir les quelques restes d’un fils déchiqueté par une mine, celles à qui on remettait un cercueil rempli de terre….pour faire le poids

Les femmes, infirmières étaient également rejetées, moquées et humiliées, considérées comme putains à la fois sur place par leurs supérieurs et à leur retour par la population

Une violence touchant également femmes et enfants afghans :  femmes  lapidées par leurs frères et leur maris parce que les soldats russes avaient forcé leur porte pour manger, et ceci bien que la tradition afghane impose à tout afghan d’ouvrir sa porte à tout invité, fillettes dont la main est coupée parce qu’elle accepte un bonbon d’un soldat russe…

Un réquisitoire contre le régime incapable de vêtir correctement ses soldats, incapable de leur donner une solde et une allocation de retour convenables y compris aux handicapés, incapable de fournir des matériels et des armements comparables à ceux que fournissait l’Occident aux moudjahidines,  incapable de donner des pansements de qualité et stériles : certains avaient près de vingt ans…..

Les soldats et l’armée russe qui ont pu vaincre le nazisme étaient les héros de la Grande Guerre parce qu’ils avaient défendu le sol natal, ceux qui ont combattu en Afghanistan sont devenus des parias.
On comprend pourquoi cette auteure qui a également dénoncé le drame de Tchernobyl, et le régime russe dans « la Fin de l’Homme rouge » est devenue paria dans son pays et a été contrainte de s’exiler. On comprend pourquoi elle a été trainée devant les tribunaux du régime qui se sont appuyé sur les mêmes témoins que ceux qu’avait entendus Svetlana Alexievitch ….des témoins qui se sont rétractés sans doute suite aux pressions du régime qui souhaitait effacer cette tache…les dernières pages du procès sont édifiantes

La liste des témoignages est cependant très longue, ils sont souvent redondants…c’est le coté lassant du livre


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Extraits
  • « Plus tard nous avons appris que des cercueils arrivaient dans la ville, mais que des enterrements avaient lieu en secret, la nuit, et que les pierres tombales portaient la mention « décédé » et non « mort à la guerre » . Personne ne demandait pourquoi des gars de dix-neuf ans s’étaient soudain mis à mourir, si c’était de la vodka, la grippe ou une indigestion d’oranges. Leurs familles les pleuraient, mais les autres vivient tranquillement tant que ça ne les touchait pas. Les journaux écrivaient que nos soldats construisaient des des ponts, plantaient des allées de l’amitié que nos médecins soignaient les femmes et les enfants afghans » (P. 32)
  • « Le chasseur qui se vante devant un lion mort est digne de mépris, comme est digne de respect le chasseur qui se vante devant un lion vaincu » (Proverbe chinois) (P. 58)
  • « On ne peut pas acheter l’Afghanistan, on peut seulement le racheter à d’autres » (P. 59) (Spesserov)
  • « On a tous été pareillement trompés…ici ce qui nous unit, c’est que nous n’avons rien. Sauf des problèmes : pensions, logement, médicaments, ameublement. Une fois les problèmes résolus nos associations se dissoudront. ….la jeunesse ne nous suit pas. Elle n’arrive pas à comprendre »
  • « C’est là que j’ai été définitivement « guéri ». L’Afghanistan m’a guéri de l’illusion qui consiste à croire que chez nous tout va bien, que les journaux et la télévision ne disent que la vérité. Je me demandais ce que je devais faire. Il fallait faire quelque chose… Aller quelque part… Prendre la parole, raconter… Ma mère m’a retenu : « toute notre vie est à l’image de ça… »

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