« Le vendeur de sang » – Yu Hua

Le vendeur de sangXu Sanguan, personnage principal du roman, découvre grâce à deux amis comment gagner beaucoup d’argent en vendant son sang. D’abord boire beaucoup, puis bien manger après, grâce à la somme importante donnée par le chef du sang, auquel il aura fallu, préalablement au don, graisser la patte.
En une fois le donneur gagne autant qu’en travaillant six mois dans les champs, des dons qui permettent même d’acheter une maison
Témoignage sur l’évolution de la vie en Chine depuis les années 40-50 jusqu’à l’aube de notre siècle en passant par la Grande Famine, la Révolution culturelle..

Une première vente de son sang permettra à cet homme modeste ouvrier, de faire face aux coûts de son mariage, et par la suite, vente après vente , au péril de sa vie parfois, d’affronter les conséquences financières des bêtises de ses enfants, de leurs hospitalisations…et pour manger parfois. 
Ce témoignage sur la vie en Chine, ses rites, croyances et certitudes, passe de la farce au drame. Farce pleine d’humour, dans laquelle on retrouve le cocu, l’amant, la femme, quand il évoque cette famille, et ses trois enfants, Premier Plaisir, Deuxième Plaisir, Troisième Plaisir, leurs incartades, et surtout les conséquences de l’incertitude quand à la paternité de Xu Sanguan, les querelles et échanges avec le père supposé, les querelles du couple. Drame quand sont décrits la Grande Famine, le Révolution culturelle et ses dénonciations, et surtout la pauvreté du peuple chinois, contraint de payer pour sa santé, y compris après l’avènement de Mao et la Révolution Culturelle
On ne peut qu’être touché par ce don de soi-même, par cette bataille de cet homme pour faire vivre sa famille, par son amour au cours de ces trente ans balayés par le roman;
Des sourires et des drames,  et au final un témoignage pas banal du tout, une critique et une analyse de l’auteur sur cette période, qui apportent beaucoup de plaisirs et d’émotions.

1986 m’avait permis de découvrir cet auteur…je ne vais pas en rester là


L’auteur Yu Hua


Quelques extraits pour apprécier
  • ‌ »Par ici, les hommes qui ne vendent pas leur sang ne trouvent pas de femme à épouser. […] Tous ceux qui ont une constitution robuste vont vendre leur sang. En une fois on gagne trente cinq yuan, autant qu’à travailler six mois dans les champs. Chez l’homme, le sang est comme l’eau d’un puits ; si tu ne tires pas d’eau, il n’y en aura pas davantage dans le puits. Si tu en tires tous les jours, il y en aura toujours autant. » (P. 11)
  • « Le sang nous a été légué par nos ancêtres, un homme peut vendre des beignets frits, vendre sa maison, vendre sa terre….jamais son sang. Quand bien même devrait-on vendre son propre corps, on ne doit pas vendre son sang. Vendre son corps c’est sur se vendre soi-même ; vendre son sang, c’est vendre ses ancêtres. Xu Sanguan, tu as vendu tes ancêtres ! » (P. 98)
  • « Parfois les magasins de riz étaient ouverts, parfois ils étaient fermés. À chaque réouverture, le prix du riz grimpait en flèche. En un temps record, avec la somme qui permettait naguère d’acheter dix livres de riz, on put seulement acheter deux livres de patates douces. Faute de cocons, la filature avait cessé ses activités. Xu Yulan n’eut plus besoin d’aller faire frire des beignets ; il n’y avait plus ni farine, ni huile alimentaire. Les écoles ne faisaient plus cours. De nombreuses boutiques avaient fermé en ville ; là où il y avait eu jadis une vingtaine de restaurants, seule La Victoire travaillait encore. » (P. 133)
  • « Sais-tu pourquoi les usines sont arrêtées, les magasins fermés, les cours suspendus dans les écoles, et pourquoi tu n’as plus besoin d’aller faire frire des beignets torsadés ? Pourquoi il y a des gens pendus aux arbres, des gens envoyés dans des étables, des gens battus à mort ? Sais-tu pourquoi, quand le Président Mao parle, des gens font des chansons avec ses paroles, les affichent sur les murs, les affichent sur le sol, sur les voitures et les bateaux, les draps et les taies d’oreillers, les verres et les marmites ? Il y en a même sur les murs des latrines et sur les crachoirs. Pourquoi le nom du président Mao est-il si long ? Ecoute : « Vive, vive, vive le président Mao, notre grand leader, notre grand guide, notre grand commandant en chef, notre grand timonier. » Vingt mots en tout. A réciter d’une seule traite, sans reprendre son souffle. Sais-tu pourquoi ? C’est la Grande Révolution culturelle. » (P. 186-7)
  • « Qu’appelle-t-on Révolution culturelle ? Une période de règlement de comptes personnels. Si quelqu’un t’a offensé dans le passé, tu écris un Dazibao sur lui et tu le colles dans la rue. Tu peux dire qu’il est un propriétaire foncier qui a échappé aux filets ou un contre révolutionnaire. Quoi que tu dises cela fonctionne. Actuellement, il n’y a plus ni police ni tribunal, mais les accusations sont légion. Tu en choisis une à ta guise, tu l’écris sur un dazibao, tu le colles, et sans que tu aies besoin de bouger le petit doigt, celui que tu as dénoncé sera persécuté à mort. » (P. 187)
  • « La force ce n’est pas comme l’argent. L’argent, plus on s’en sert, plus il est rare. La force, plus on l’utilise, plus elle abonde. » (P. 210)

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