« Le Passant du bout du monde » – Francisco Coloane

Le Passant du bout du mondeJ’avais découvert Francisco Coloane grâce Luis Sepulveda dans « Une sale histoire : (Notes d’un carnet de moleskine) ». Coloane est pour lui « Le plus grand écrivain du Chili »…J’avais beaucoup aimé « Le Dernier mousse ». Dans « Le passant du bout du monde », Coloane nous raconte son enfance, sa vie, son amour pour les îles Chiloé qui l’ont vu naître et grandir, pour la Province des Magellanes…un coin du monde dont personne ne parle, battu par le vent austral, pays de landes, de moutons…Il nous conte les légendes qui façonnent les gamins.

Un auteur né au début du XXème siècle, qui eut mille vies, ouvrier agricole dans une estancia, marin, vendeur de charbon, charpentier, journaliste, acteur de théâtre, journaliste, grand voyageur..ambassadeur de son pays… sympathisant communiste il s’opposa à Pinochet et à son régime..
Un ouvrage assez inégal dans lequel quelques (rares) passages ennuyeux, déjà lus, côtoient la petite histoire du Chili, la grand Histoire du monde. A la fois chronologique et thématique, « Le Passant du bout du monde », nous en apprend beaucoup sur la vie dans ces terres lointaines et froides, la chasse à la baleine,  la castration des agneaux…avec les dents…quel passage !, les superstitions, la dure vie des marins, l’extermination ancienne et horrible des indiens, afin de gagner leurs terres pour l’élevage des moutons, les voyages, les rencontres multiples de l’auteur…et ainsi sur sa personnalité d’homme, son travail d’auteur et ses sources d’inspiration, ses écrits et aussi sur ses engagements politiques et humains, son côté « touche-à-tout »
  • « Il ne fait aucun doute que le monde que j’ai connu à fait de moi ce que je suis : un travailleur de la plume ou de la machine à écrire qui a transcrit sur le papier le récit très proche de la vérité, d’expériences vécues. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de créer artificiellement des atmosphères qui m’étaient étrangères. L’art a toujours été motivé chez moi par des élans émotionnels, je crois que c’est cela ma littérature. »

Un auteur discret, engagé et courageux, protecteur de l’environnement….un beau dépaysement!


Francisco Coloane


Quelques passages 
  • « Dans la maison une passerelle en bois reliait la cuisine à la salle à manger. À marée haute la houle arrivait sous la chambre, si bien que je n’ai guère tarde à  la rumeur des eaux maternelles à celle des eaux de la mer. » (P. 22)
  • « Mon père avait rapporté de ses voyages des côtes et des vertèbres de baleine qui nous servaient de sièges et de tables. Je jouais parmi ces grands ossements blancs trônant dans les herbes et les fleurs, et je me sentais comme un Jonas dans le ventre d’un cétacé. De là, sans doute, provient mon romantisme de la chasse à la baleine. Si j’avais été poète, j’aurais écrit le long poème d’un enfant naviguant dans les profondeurs des mers, passant d’une baleine à l’autre comme un astronaute dans l’espace. C’est curieux, on dit que la vie et l’homme viennent de la mer , amis celui-ci a beau avoir marché sur la lune, il n’a pas encore et capable de fouler les grands fonds marins. » (P. 24)
  • « Mais il ne faut jamais oublier que tout être humain, peuple, ethnie, race ou nation, se prend pour le nombril du monde, ce qui a conduit l’humanité aux pires désastres. » (P 27)
  • « Je n’avais pas la moindre idée de ce qui poussait les hommes à construire des bateaux magnifiques pour ensuite les bombarder, les détruire et couler avec eux. » (P. 53)
  • « La mer, il faut pas en avoir peur ; il faut la respecter » (P. 56)
  • « J’apprends ainsi très tôt que le silence est la meilleure cuirasse contre la punition, et la connaissance la meilleure protection face à un danger mortel. » (P. 58)
  • « Les cordillères enneigées se reflètent à la surface des eaux. Par moments, la proue du navire heurte des glaçons. On dirait que nous naviguons en plein ciel, au dessus des étoiles. » (P. 80)
  • « Pour Le jeune homme de vingt ans que j’étais, la Terre de Feu devenait chair et esprit. La Patagonie argentine et chilienne est également très présente dans mes souvenirs et mon travail littéraire. Je n’ai rien oublié des régions australes, ses rafales de vent, ses rivages battus par les flots, et surtout ses personnages. » (P. 93)
  • « Parfois je suis révolté contre un système qui est capable d’investir des sommes sidérantes pour conquérir de l’espace, construire des bombardiers de plus en plus puissants, des missiles programmés pour semer la mort, terroriser les populations et maintenir une domination injuste, alors que l’argent fait défaut quand il s’agit d’enrayer des fléaux qui causent tant de souffrances. » (P. 119)
  • « Je pense parfois que j’écris parce qu’il m’en coûte moins que de parler. » (P. 223)

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