« En vieillissant les hommes pleurent » – Jean Luc Seigle

en-vieillissant-les-hommes-pleurentUne journée pas tout à fait comme les autres pour une famille ouvrière de 5 personnes à proximité de Clermont-Ferrand : le 9 juillet 1961 : la télévision arrive dans la famille.
Albert 53 ans est ouvrier chez Michelin, il a élevé sa sœur cadette de 15 ans et vit dans la maison de son enfance. « L’existence de son corps » lui est « insoutenable ». »En finir le libérerait de tout ça. Albert ne pensait pas à mourir, il avait juste le désir d’en finir. Mourir ne serait que le moyen ». Il a un « gout prononcé pour le passé » et travaille tout le temps, usine, jardin, stères de bois à couper…

Son épouse par contre « s’acharne à effacer les traces du passé » Elle laisse au brocanteur pour une bouchée de pain, les meubles, les objets anciens, que celui-ci va revendre en qualité d’antiquaire. Le Formica remplace la table de bois brut, les meubles anciens et bibelots disparaissent, elle se constitutive une garde robe moderne en cousant ses robes..l’époque des patrons que les femmes achetaient dans les merceries 
Le couple a 2 garçons : l’aîné est soldat et a été appelé en Algérie, le second Gilles est mauvais en orthographe malgré sa passion de la lecture et notamment d’Eugénie Grandet de Balzac.
Et dans la maison familiale vit aussi la mère du mari, vieille femme qui perd la tête et pense en patois..ce patois différent d’une région à l’autre
Et deux personnages, bien que secondaires : la sœur du mari que celui-ci a élevé et un instituteur en retraite
L’auteur, grâce à un texte agréable nous fait vivre cette journée si particulière, si importante du fait de l’arrivé du progrès, de la télévision qui va tout bouleverser.
En fait une tragédie qui comme toutes les tragédies,  respecte une unité d’action, une unité de temps, une unité de lieu
Une belle description de la vie rurale simple, un texte qui m’a touché car il m’a fait revivre  cette atmosphère du monde rural de mon enfance, le remembrement rural qui faisait disparaître les parcelles familiales, l’arrivée de la télé, véritable dieu qu’on attendait, la perte avec plaisir de ces « vieilleries » qu’on jetait avec joie aux ordures ou au feu pour acheter du plastique, vieilleries qu’on rachète à prix d’or aujourd’hui chez les brocanteurs…
Il m’a touché par la simplicité de la vie de ses personnages; J’ai retrouvé mes grands parents, mes parents, mon enfance.
Un livre simple qui m’a ému

Toute une époque résumée en une seule journée.


 Qui est Jean-Luc Seigle


Quelques extraits
  • « Le français, c’était son père qui l’avait ramené des tranchées et l’avait imposé à la maison comme s’il était parti se battre là-bas juste pour ça. Il disait que ça avait failli leur faire perdre la guerre. Entre les Bretons, les Auvergnats, les Provençaux, impossible de se comprendre entre eux. Ils parlaient moins bien le français que les Noirs du Sénégal.C’était le français qui les avait rassemblés, qui les avait rendus combatifs et avait fait d’eux des patriotes. »
  • « En dix ans, Suzanne avait vendu un à un au brocanteur, pour des bouchées de pain, les objets et les meubles anciens de sa belle-mère sans demander à Albert s’il était d’accord. Elle avait toujours agi très naturellement, toujours au nom du changement et aux promesses d’un monde meilleur, sans jamais mesurer l’obscénité de ce pillage »
  • « La géographie, il faut voyager pour l’aimer. L’histoire, elle vit avec nous, même si on reste sur place toute sa vie. Qu’on le veuille ou non, elle finit toujours par s’asseoir à notre table » (P.95)
  • « L’histoire des hommes c’est l’inverse de la solitude. Et puis le passé, si nous savons le lire ou l’entendre, nous assure de ce qui est juste. »
  • « Un homme ordinaire ne devient un homme courageux que s’il est confronté à une peur plus grande que la peur de mourir, une peur capable de lui faire oublier la tristesse de sa propre mort. »
  • « Et puis il y avait ce mot de « Moderne » que tout le monde avait à la bouche, le diapason des temps nouveaux, qui donnait des vertus presque magiques à chaque objet, comme ce poste de télévision, et les contraignaient au pire des sacrifices : le renoncement à tout ce qui s’était passé avant. Ça n’aurait pas été pire si on avait demandé à Albert de profaner les tombes de ses morts et piétiner le reste de leurs cadavres. Le monde avançait, comme disait son beau-frère chaque fois qu’il refermait L’Humanité, mais Albert ne voulait plus avancer avec lui. »
  • « Gilles comprit alors que chaque roman qu’il lirait l’aiderait à comprendre la vie, lui-même, les siens, les autres, le monde, le passé et le présent »

Une réflexion sur “« En vieillissant les hommes pleurent » – Jean Luc Seigle

  1. Pingback: « Je vous écris dans le noir  – Jean-Luc Seigle | «Mes belles lectures

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s