
« Selon certains prospectivistes, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail ne connaîtrons rien moins que 17 métiers » (P. 62)

« Selon certains prospectivistes, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail ne connaîtrons rien moins que 17 métiers » (P. 62)

« Jean Roscoff était Jean Roscoff, universitaire raté et talentueux, père intermittent, piètre amoureux, égocentrique, alcoolique. »
Il passe ses souvenirs et ses échecs en revue….malheureusement il n’a pas pu obtenir son agrégation. Il décide de se replonger dans un travail commencé il y a bien longtemps sur le poète américain Robert Willow…ce qui permet aux lecteurs qui ont connu cette période de se re-plonger dans les années 50-60 de leur jeunesse.
Il a du affronter d’autres échecs, notamment un échec de sa vie conjugale qui se clôtura pas un divorce…en partie dû à son alcoolisme. Echec qui le hante toujours..
Certes il a publié des textes, notamment un sur les époux Rosenberg, texte paru quelques jours avant leur exécution…
Il est bigrement motivé par ce nouveau projet sur Robert Willow, musicien de jazz et poète américain méconnu…un projet qui fera remonter ses souvenirs de jeune homme, sa passion pour l’Amérique, le quartier latin …Souvenirs, souvenirs..
Ce petit livre sera lui-même titré « Le voyant d’Étampes ».
Robert Willow fut l’un de ces compagnon de route du Parti communiste qui quitta les États-Unis attiré par le Paris du début des années 1950. Il écrira, en français, deux petits ouvrages de poésie, puis se tua d’un accident d’auto en 1960. C’est tout ce qu’on sait de lui.
Enfin le succès pour Jean Roscoff…Succès vite montré du doigt par l’intelligentia…Jean Roscoff qui jusqu’alors, n’avait publié qu’un livre sur l’affaire Rosenberg, livre qui fut retiré de la vente après les révélations sur le couple faites par la CIA.
Aujourd’hui le monde de la littérature lui reproche juste un détail : Jean Roscoff a présenté Robert Willow, le poète communiste et américain proche de Sartre, le musicien saxophoniste, mais a simplement oublié de dire que Robert Willow était un Noir !
Un Noir américain dans les années 60, un Noir qui décida de quitter les Etats-Unis afin de fuir le Maccarthisme..
Un Noir exilé en France dans les années 60 à la suite des réactions d’hostilité de la société américaine !
Robert Willow aura, à Paris fréquenté d’autres intellectuels qualifiés de communistes, comme par exemple Jean-Paul Sartre puis disparut des médias et se tua dans un accident de la route à proximité d’Étampes.
Boum ! Tout le travail de Jean Roscoff est descendu en flammes. Qu’importe si Robert Willow lui-même n’a jamais évoqué sa couleur de peau dans ses écrits. « La couleur de la peau du poète semble une contingence trop vulgaire, une précision inutile. Le poète selon Roscoff est un ange, un être séraphique qui plane, gracile, au-dessus de son temps. Mais peut-on séparer l’œuvre des circonstances dans lesquelles elle a vu le jour ? »
« Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail » disait Léonard de Vinci
Je ne suis, sans aucun doute, pas le seul à découvrir Abel Quentin avec cette lecture….un auteur satirique qui, avec humour sait dépeindre les mondes universitaires ou littéraires de notre époque, leurs contradictions, leurs travers, en insistant sur leurs contradictions
En tout cas, j’adresse un grand merci pour ce cadeau. Merci pour ce retour vers cette époque qui fut celle de ma jeunesse. Merci pour le style et la construction du livre, son intelligence. Merci pour cette découverte littéraire de l’auteur Abel Quentin. Une découverte que je vais poursuivre!
Éditions : L’observatoire – 2021 – 378 pages
Lien vers la présentation d’Abel Quentin
Quelques lignes

« Il a fallu bâtir trente deux ponts, faire sauter des pans de montagne et s’abîmer dans l’océan des dizaines de machines, aplanir des collines, creuser défilés et tunnels pour mettre ce point final à la conquête de l’Ouest. » (P. 313)

« La Russie veut empêcher, à tout prix, une intégration de l’Ukraine à l’UE et à l’OTAN » (P. 129)

« Au printemps 2014, seule une minorité d’habitants avait d’emblée pris fait et cause pour les séparatistes. Avec les premiers succès et l’espoir de voir la Russie intervenir, beaucoup d’autres avaient suivi.

« ….dans la ville où je suis née, je n’étais qu’une moitié de primate, ou bien un être surnaturel pour les plus niais d’entre eux, pas une personne normale en tout cas. C’est ça mon pays. »

« La haine du Juif serait ainsi une colère de l’outsider qui prend pour cible un peuple perçu comme le champion de l’appartenance. »

« Ce n’est pas parce que je suis un enfant que je n’ai pas le droit d’espérer parler gaélique ou jouer au hurling en toute liberté. » (P. 49)

« Quels que soient les différents termes qu’on utilise, ce qu’ils recouvrent a toujours existé. Simplement, autour de cette nouveauté sémantique, la haine des Juifs se modernise : elle est devenue raciale. » (P. 47)
Difficile, quand on s’intéresse à notre monde, à notre actualité, à l’Histoire, de résister à cette tentation, à ce livre proposé sur un présentoir de médiathèque, insultes ici, violences physiques ailleurs, tags sur des murs ou sur des tombes dans des cimetières….
Qu’importe l’Histoire, et ses millions de morts !
Certains cherchent des explications…une explication religieuse : ce peuple déicide a permis l’élimination de Jésus le fils de Dieu, en le livrant aux Romains. Ou bien une explication économique : on jalouse leur richesse, depuis le Moyen Âge, époque au cours de laquelle on leur réservait tous les métiers méprisés, comme ceux des banquiers…les juifs étant accusés de contrôler les banques et l’économie….et une explication raciale…
Tout ça je le savais, tous ces actes antisémites ou racistes m’écœurent, l’Histoire avec un grand H, avec ses millions de morts m’effraie.
Alors je ne pouvais qu’être attiré par ce titre, par ce pavé, par ce travail.
Christophe Donner s’appuie sur des lettres échangées entre son arrière grand-père Henri Gosset, et Léon Daudet…fils d’Alphone et son ami Edouard Drumont …deux antisémites qui militaient déjà pour une « France aux Français »…écœurement et Histoire de notre pays. On passe de l’affaire Dreyfus, aux assassinats de Sadi Carnot et de Jean Jaurès, en passant par le scandale de Panama, ou l’exécution de Ravachol, sans oublier la bande à Bonnot, Maurras, l’Action Française ….et bien d’autres rencontres telles que Zola, les soupes Maggi, et ces allemands…
Tout ça grâce à des chapitres courts, qui ravissent le lecteur./La vie de la famille de l’auteur et les actualités de cette « Belle époque » se mélangent …Une « Belle époque » pas si belle que ça…finalement !
A la fois captivant, désagréable parfois, effrayant et nauséabond aussi, souvent même.
C’est notre Histoire mais aussi une partie de notre actualité…les temps ont changé, les thèmes qui excitent certains polémistes sont restés les mêmes!
On en apprend beaucoup sur cette époque et sur ses hommes politiques, grâce aux lettres de cet arrière grand-père. L’indignation est présente.
Bref…de belles heures de lecture…pas toujours facile !
Éditeur : Grasset – 2021 – 506 pages
Lien vers la présentation de Christophe Donner
Quelques lignes

« On est encore à cette époque où l’homme finit de se rendre maître et possesseur de la nature. Où la nature n’est pas encore une vieillarde fragile qu’il faut protéger, mais un redoutable ennemi qu’il faut vaincre. » (P. 94)