« Le Voyant d’Étampes » – Abel Quentin

« Jean Roscoff était Jean Roscoff, universitaire raté et talentueux, père intermittent, piètre amoureux, égocentrique, alcoolique. »

Il passe ses souvenirs et ses échecs en revue….malheureusement il n’a pas pu obtenir son agrégation. Il décide de se replonger dans un travail commencé il y a bien longtemps sur le poète américain Robert Willow…ce qui permet aux lecteurs qui ont connu cette période  de se re-plonger dans les années 50-60 de leur jeunesse.

Il a du affronter d’autres échecs, notamment un échec de sa vie conjugale qui se clôtura pas un divorce…en partie dû à son alcoolisme. Echec qui le hante toujours..

Certes il a publié des textes, notamment un sur les époux Rosenberg, texte paru quelques jours avant leur exécution…

Il est bigrement motivé par ce nouveau projet sur Robert Willow, musicien de jazz et poète américain méconnu…un projet qui fera remonter ses souvenirs de jeune homme, sa passion pour l’Amérique, le quartier latin …Souvenirs, souvenirs..

Ce petit livre sera lui-même titré « Le voyant d’Étampes ».

Robert Willow fut l’un de ces compagnon de route du Parti communiste qui quitta les États-Unis attiré par le Paris du début des années 1950. Il  écrira, en français, deux petits ouvrages  de poésie,  puis se tua d’un accident d’auto en 1960. C’est tout ce qu’on sait de lui.

Enfin le succès pour Jean Roscoff…Succès vite montré du doigt par l’intelligentia…Jean Roscoff qui jusqu’alors, n’avait publié qu’un livre sur l’affaire Rosenberg, livre qui fut retiré de la vente après les révélations sur le couple faites par la CIA.

Aujourd’hui le monde de la littérature lui reproche juste un détail : Jean Roscoff a présenté Robert Willow, le poète communiste et américain proche de Sartre, le musicien saxophoniste, mais a simplement oublié de dire que Robert Willow était un Noir !

Un Noir américain dans les années 60, un Noir qui décida de quitter les Etats-Unis afin de fuir le Maccarthisme..

Un Noir exilé en France dans les années 60 à la suite des réactions d’hostilité de la société américaine !

Robert Willow aura, à Paris fréquenté d’autres intellectuels qualifiés de communistes, comme par exemple Jean-Paul Sartre puis disparut des médias et se tua  dans un accident de la route à proximité d’Étampes.

Boum ! Tout le travail de Jean Roscoff  est descendu en flammes. Qu’importe si Robert Willow lui-même n’a jamais évoqué sa couleur de peau dans ses écrits. « La couleur de la peau du poète semble une contingence trop vulgaire, une précision inutile. Le poète selon Roscoff est un ange, un être séraphique qui plane, gracile, au-dessus de son temps. Mais peut-on séparer l’œuvre des circonstances dans lesquelles elle a vu le jour ? »

« Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail » disait Léonard de Vinci

Je ne suis, sans aucun doute, pas le seul à découvrir Abel Quentin avec cette lecture….un auteur satirique qui, avec humour sait dépeindre les mondes universitaires ou littéraires de notre époque, leurs contradictions, leurs travers, en insistant sur leurs contradictions

En tout cas, j’adresse un grand merci pour ce cadeau. Merci pour ce retour vers cette époque qui fut celle de ma jeunesse. Merci pour le style et la construction du livre, son intelligence. Merci pour cette découverte littéraire de l’auteur Abel Quentin. Une découverte que je vais poursuivre!

Éditions : L’observatoire – 2021 – 378 pages


Lien vers la présentation d’Abel Quentin


Quelques lignes

  • « À soixante-cinq ans, chacune de mes journées commençait dans un serment solennel, la promesse de remettre les choses à l’endroit. Chaque journée s’achevait sur le même constat d’impuissance, le même ennui profond. » (P. 28)
  • « Il était de plus en plus clair que Le Voyant d’Étampes serait un objet hybride, un recueil poétique mâtiné d’un essai, un objet bâtard comme l’était son sujet, l’insaisissable Robert Willow. Je voulais que le lecteur puisse lire le poète, mais je voulais aussi lui proposer ma vision, personnelle, de son œuvre. (P. 41)
  • « Comme personne blanche, j’ai réalisé qu’on m’avait dit que le racisme était quelque chose qui désavantageait d’autres personnes, mais on m’avait enseigné aussi à ne pas voir un de ses corollaires, le privilège blanc, qui me procure un avantage. Je crois qu’on enseigne avec soin aux Blanches à ne pas reconnaître le privilège blanc, tout comme on enseigne aux hommes à ne pas reconnaître le privilège masculin.. » (P. 167)
  • « De la même façon qu’en 1863 l’abolition de l’esclavage avait été remplacée par la ségrégation, l’abolition de la ségrégation en 1964 n’avait pas réglé le fond du problème. Les États-Unis d’Amérique étaient un pays fondé, pensé, et conçu par et pour les Blancs protestants. » (P. 168)
  • « J’étais tout à fait disposé à me remettre en cause. J’étais une intelligence qui doute. Toute ma vie, j’avais questionné mes croyances, et tenté de ne pas me laisser aveugler par l’orgueil. Sans doute était-il toujours plus difficile de reconnaître publiquement ses torts. Il était encore plus difficile de les reconnaître à la demande d’autrui, contraint par les arguments d’autrui. » (P. 268)

« Route One » – Michel Moutot

« Il a fallu bâtir trente deux ponts, faire sauter des pans de montagne et s’abîmer dans l’océan des dizaines de machines, aplanir des collines, creuser défilés et tunnels pour mettre ce point final à la conquête de l’Ouest. » (P. 313)

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« La France goy » – Christophe Donner

« Quels que soient les différents termes qu’on utilise, ce qu’ils recouvrent a toujours existé. Simplement, autour de cette nouveauté sémantique, la haine des Juifs se modernise : elle est devenue raciale. » (P. 47)

Difficile, quand on s’intéresse à notre monde, à notre actualité, à l’Histoire, de résister à cette tentation, à ce livre proposé sur un présentoir de médiathèque, insultes ici,  violences physiques ailleurs, tags sur des murs ou sur des tombes dans des cimetières….

Qu’importe l’Histoire, et ses millions de morts !

Certains cherchent des explications…une explication religieuse : ce peuple déicide a permis l’élimination de Jésus le fils de Dieu, en le livrant aux Romains. Ou bien une explication économique :  on jalouse leur richesse, depuis le Moyen Âge, époque au cours de laquelle on leur réservait tous les métiers méprisés, comme ceux des banquiers…les juifs étant accusés de contrôler les banques et l’économie….et une explication raciale…

Tout ça je le savais, tous ces actes antisémites ou racistes m’écœurent, l’Histoire avec un grand H, avec ses millions de morts m’effraie.

Alors je ne pouvais qu’être attiré par ce titre, par ce pavé, par ce travail.

Christophe Donner s’appuie sur des lettres échangées entre son arrière grand-père Henri Gosset, et Léon Daudet…fils d’Alphone et son ami Edouard Drumont …deux antisémites qui militaient déjà pour une « France aux Français »…écœurement et Histoire de notre pays. On passe de l’affaire Dreyfus, aux assassinats de Sadi Carnot et de Jean Jaurès, en passant par le scandale de Panama, ou l’exécution de Ravachol, sans oublier la bande à Bonnot, Maurras, l’Action Française ….et bien d’autres rencontres telles que Zola, les soupes Maggi, et ces allemands…

Tout ça grâce à des chapitres courts, qui ravissent le lecteur./La vie de la famille de l’auteur et les actualités de cette « Belle époque » se mélangent …Une « Belle époque » pas si belle que ça…finalement !

A la fois captivant, désagréable parfois, effrayant et nauséabond aussi, souvent même.

C’est notre Histoire mais aussi une partie de notre actualité…les temps ont changé, les thèmes qui excitent certains polémistes sont restés les mêmes!

On en apprend beaucoup sur cette époque et sur ses hommes politiques, grâce aux lettres de cet arrière grand-père. L’indignation est présente.

Bref…de belles heures de lecture…pas toujours facile !

Éditeur : Grasset – 2021 – 506 pages


Lien vers la présentation de Christophe Donner


Quelques lignes

  • « Drumont n’a pas inventé la haine des Juifs, mais il a fait mieux que souffler dessus, il en a créé la version moderne, baptisée « antisémitisme ». Il ne fut pas non plus le premier à exécuter cette galipette terminologique consistant à remplacer le mot juif par le mot sémite. C’est au très scientifique, très socialiste et très jeune communard Gustave Tridon qu’on le doit. Il le fait presque sans s’en rendre compte. Cauchemar encyclopédique qu’aucun grammairien ni académicien de l’époque ne cherchera à rectifier. » (P. 44)
  • « Ce qui inquiète aussi beaucoup Zola, c’est que cette ignoble chose pourrait se vendre. Car le diable a du talent, son brûlot se lit comme un roman. D’ailleurs, c’est un roman, il en emprunte le rythme, la tension, le tragique des personnages, il sait de quoi il parle, Zola, lui le maître, le gardien, le garant de la marque. Si cette France juive se pose en concurrente du prochain Rougon-Macquart, c’est à désespérer de la littérature. N’importe qui peut écrire n’importe quelles horreurs. »  (P. 51)
  • « « En dehors de toute considération religieuse, il existe chez l’immense majorité des militaires un sentiment de répulsion instinctive contre les fils d’Israël (…) Il en est de l’invasion sémitique comme de la culture des microbes : quand le milieu n’est pas favorable, le développement se fait mal. » » (P. 122)
  • « Plus d’une centaine de députés chéquards, courbés sous le poids de l’opprobre, des ministres suicidés, des présidents démis, des banquiers en fuite, Drumont les a rayés de la vie politique. » (P. 149)
  • « …de l’or qui n’a pas été touché par la main des Juifs est chose rare à notre époque. » (P. 197)
  • « Notre combat final contre les Juifs, cela va vous paraître paradoxal, mais ce ne sont pas les antisémites qui, demain, vont devoir le mener. Ce sont nos soldats. Ce qui se prépare, c’est la guerre contre l’empire de Guillaume, le grand enjuivé. Avoir sa peau, c’est triompher des Juifs. » (P. 352)
  • « Les causes d’une guerre ne se trouvent jamais ailleurs que dans la précédente. Et la paix n’est qu’une succession de difficiles et discrètes victoires sur la guerre. » (P. 357)

« Ravage » – René Barjavel

« Le lendemain matin, le soleil se leva encore plus chaud que la veille. Depuis plus de deux mois, Paris n’avait pas reçu une goutte de pluie. L’après-midi, une telle chaleur montait du sol que les Parisiens évitaient de sortir, sauf s’ils s’y trouvaient obligés. La capitale vivait derrière ses volets.  » (P. 46)

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« Femme du ciel et des tempêtes » – Wilfried N`Sondé

« … la sépulture devait dater de la préhistoire. Or jamais personne n’avait imaginé la possibilité d’une présence humaine sur ce territoire à une période si reculée. Pour une fois, la hausse globale des températures présentait un avantage. » (P. 30)

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