
« Finalement, ils étaient comme moi des rebuts abandonnés par leur compagnie vaincue. […] on aurait dit des animaux plutôt que des êtres humains. » (P. 42-3)

« Finalement, ils étaient comme moi des rebuts abandonnés par leur compagnie vaincue. […] on aurait dit des animaux plutôt que des êtres humains. » (P. 42-3)

« On dit que si Dieu est bon, alors Il ne peut pas être tout-puissant, et vice versa. Un Dieu bon ne ferait pas souffrir Ses fils, alors cela veut dire qu’il n’est pas en mesure de l’empêcher. S’Il a tout prévu, alors Il n’est pas aussi bon qu’il veut bien nous le faire croire » (P.248)

« Au fil des ans, j’en ai vu des jeunes hommes qui croient se précipiter sur d’autres jeunes hommes. Ils se trompent. Ils se précipitent à ma rencontre » (P. 182)…

« Devant un cadavre, nous sommes tous curieux. La mort est une dame très séduisante. »

« Personne ne ferme à clef à Beyrouth. La ville est sûre. Mis à part les explosions de voitures, les incendies, les manifestations qui bloquent les routes pendant des jours. Mis à part le fait qu’on n’y est jamais vraiment en sécurité. » (P. 105)

« Cela avait-il un sens pour nous de continuer. ? » (P. 256)

« On écrase la moindre résistance et on reprend la ville au plus vite; snipers, en place ! pas de pitié! Pas de clémence ! Compris?! »

« Il faut rire de tout. C’est extrêmement important. C’est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans. » disait Pierre Desproges
Une lucidité et une dérision que j’ai retrouvées sous une forme ou une autre dans tous les textes que j’ai eu l’occasion de lire d’Edgar Hilsenrath….
Il pouvait, sans jamais pouvoir être montré du doigt ou accusé, rire de tout, être iconoclaste, ou presque « borderline » comme disent les anglais pour définir cet état à la marge entre la névrose et la psychose.
Il avait connu la Shoah allemande, et également le stalinisme…dont il a démontré si besoin était toute leur proximité…il avait souffert de ces deux pouvoirs
Il a choisit l’angle de l’absurde et du grotesque pour évoquer dans ce titre « Satires » l’Allemagne moderne qu’il découvre sous un jour nouveau après l’avoir quittée pour fuir le nazisme : « Tout est fini. La vie d’un Allemand ne vaut plus la peine d’être vécue. Les Ricains vont débarquer. Puis les travailleurs immigrés. Mais attends, ma chère Gerda. Il y aura d’abord la faim, et la dénazification. Puis la réforme monétaire. Après, ça ira peut-être mieux. Mais sans moi, Gerda. Je ne veux plus. Oui, on remontera la pente. Et il y aura de nouveau des Forêt noire aux cerises et des gâteaux aux fraises. Les Allemands seront de plus en plus gras et ne voudront plus travailler. Alors les travailleurs immigrés viendront faire les travaux pénibles. Et tu seras seule, Gerda. Et tu vieilliras. Et tu seras de plus en plus grosse à force de manger du gâteau aux fraises. Du gâteau aux fraises avec de la chantilly. »
C’est un survivant de la shoah qui évoque, avec lucidité, tour à tour le Mur de Berlin, la drogue, le socialisme, les travailleurs émigrés, les ménagères, les fonctionnaires, le fascisme, la sécurité, les centrales nucléaires « terrorisme du futur » …et j’en passe, bref, le monde moderne…..un monde avec ses incohérences.
Autant de textes jubilatoires et dérangeants pour sourire, pour rire jaune de nos sociétés modernes, de nos hantises, de nos craintes.
Ce n’est pas le texte, qui vient spontanément à l’esprit quand on évoque cet auteur, et pourtant…quel plaisir !
Lien vers la présentation d’Edgar Hilsenrath
Quelques lignes

« Notre vie d’un demi-siècle, où a-t-elle disparue? »

« ….bien qu’il faille qu’on le croie mort, il voulait rester vivant, physiquement et conceptuellement. » (P. 84)