
« Finalement, ils étaient comme moi des rebuts abandonnés par leur compagnie vaincue. […] on aurait dit des animaux plutôt que des êtres humains. » (P. 42-3)

« Finalement, ils étaient comme moi des rebuts abandonnés par leur compagnie vaincue. […] on aurait dit des animaux plutôt que des êtres humains. » (P. 42-3)

« Au fil des ans, j’en ai vu des jeunes hommes qui croient se précipiter sur d’autres jeunes hommes. Ils se trompent. Ils se précipitent à ma rencontre » (P. 182)…

« J’écris peut-être parce qu’on n’avait plus rien à se dire. » (P. 85)

« L’amour et la haine sont un voile devant les yeux : l’une ne laisse voir que le bien, l’autre que le mal. »

La vie d’une jeune gamin, l’auteur, dans les années 50-60….

« Il m’aura fallu des années pour l’apprendre et une vie entière pour en comprendre le sens : pendant la guerre, mon père avait été du « mauvais côté ». » (P. 31)

« Quels que soient les différents termes qu’on utilise, ce qu’ils recouvrent a toujours existé. Simplement, autour de cette nouveauté sémantique, la haine des Juifs se modernise : elle est devenue raciale. » (P. 47)
Difficile, quand on s’intéresse à notre monde, à notre actualité, à l’Histoire, de résister à cette tentation, à ce livre proposé sur un présentoir de médiathèque, insultes ici, violences physiques ailleurs, tags sur des murs ou sur des tombes dans des cimetières….
Qu’importe l’Histoire, et ses millions de morts !
Certains cherchent des explications…une explication religieuse : ce peuple déicide a permis l’élimination de Jésus le fils de Dieu, en le livrant aux Romains. Ou bien une explication économique : on jalouse leur richesse, depuis le Moyen Âge, époque au cours de laquelle on leur réservait tous les métiers méprisés, comme ceux des banquiers…les juifs étant accusés de contrôler les banques et l’économie….et une explication raciale…
Tout ça je le savais, tous ces actes antisémites ou racistes m’écœurent, l’Histoire avec un grand H, avec ses millions de morts m’effraie.
Alors je ne pouvais qu’être attiré par ce titre, par ce pavé, par ce travail.
Christophe Donner s’appuie sur des lettres échangées entre son arrière grand-père Henri Gosset, et Léon Daudet…fils d’Alphone et son ami Edouard Drumont …deux antisémites qui militaient déjà pour une « France aux Français »…écœurement et Histoire de notre pays. On passe de l’affaire Dreyfus, aux assassinats de Sadi Carnot et de Jean Jaurès, en passant par le scandale de Panama, ou l’exécution de Ravachol, sans oublier la bande à Bonnot, Maurras, l’Action Française ….et bien d’autres rencontres telles que Zola, les soupes Maggi, et ces allemands…
Tout ça grâce à des chapitres courts, qui ravissent le lecteur./La vie de la famille de l’auteur et les actualités de cette « Belle époque » se mélangent …Une « Belle époque » pas si belle que ça…finalement !
A la fois captivant, désagréable parfois, effrayant et nauséabond aussi, souvent même.
C’est notre Histoire mais aussi une partie de notre actualité…les temps ont changé, les thèmes qui excitent certains polémistes sont restés les mêmes!
On en apprend beaucoup sur cette époque et sur ses hommes politiques, grâce aux lettres de cet arrière grand-père. L’indignation est présente.
Bref…de belles heures de lecture…pas toujours facile !
Éditeur : Grasset – 2021 – 506 pages
Lien vers la présentation de Christophe Donner
Quelques lignes

« Quatre mois de grève sordide pour obtenir de patrons, richissimes comme toi, une misérable augmentation. Quatre mois d’insultes et de mépris. Quatre mois de violences. Quatre mois de haines, d’humiliations, de morts…«

« Ce jour là, c’est un mardi. Un mardi normal où chacun se rend au travail. » (P. 13)

« Pour nous, le Chambon, c’était le grand air, la nature, et ça avait un parfum de grandes vacances. »