« Et ses démons » – Edward Limonov

« Et ses démonsVieux, ta vie entière s’est accompagnée de l’activité parallèle des démons. Ils ne t’ont jamais lâché, faisant toujours leur apparition, se rappelant à toi, embrasant tes nuits sans effusion de sang, te protégeant et t’assaillant à la fois. » (P. 228)
Et ils sont nombreux ces démons qui le hantent, nombreux et pas toujours faciles à identifier…Limonov, homme et écrivain, que je ne connais, honte à moi, que par le livre de Carrère ne m’avait pas attiré. Il faut dire que la présentation que Carrère en fait n’est pas très enthousiasmante. 
Il écrivait : « Limonov lui, a été voyou en Ukraine, idole de l’underground soviétique,  clochard, valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan, écrivain à la mode à Paris, soldat perdu dans la Balkans, et maintenant dans l’immense bordel de l’après communisme, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends mon jugement (P. 34). 

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« Une empreinte sur la terre » – Pramoedya Ananta Toer

Une empreinte sur la terre.jpgSi l’on demandait à chacun de nous lecteurs, de citer un auteur et un titre d’un auteur indonésien, rares seraient sans doute ceux d’entre nous capables de le faire…Cette partie de notre monde nous est relativement méconnue, l’actualité l’ignore bien souvent.
Aussi quand dans un rayon nouveauté d’une médiathèque, vous trouvez « Une empreinte sur la terre » agrémenté d’un bandeau rouge « Le plus grand écrivain indonésien », il est impossible de résister à cet appel de l’inconnu.
Dès les premières pages vous êtes séduit et happé par cette écriture précise, par le personnage principal Minke. 
Minke intègre l’école qui lui permettrait de devenir médecin d’Etat. Il doit se séparer de ses vêtements européens pour se vêtir à la mode javanaise, et même marcher pieds nus. Comme il se doit, il supportera un petit bizutage et des moqueries de ses camarades. Après quelques semaines d’école, il demande une permission de sortie exceptionnelle afin d’assister sur l’invitation du gouverneur général à une conférence sur l’avenir de l’Indonésie, colonie néerlandaise…L’action se passe à la fin du XIXème siècle…Le jeune homme invité dans la « cour des grands », parce qu’il est connu d’eux pour ses articles parus dans des journaux, impressionne ses camarades d’école, dont l’attitude change alors du tout au tout. Et là je me suis senti un peu perdu, par l’impression d’avoir « raté quelque chose ». Pourquoi ce gamin est-il donc connu du gouverneur ?

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Pramoedya Ananta Toer

Auteur indonésien né en février 1925 à Blora, et mort en avril 2006 à Jakarta

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« Les chiens de Détroit » – Jérôme Loubry

Les Chiens de DétroitPremier roman de cet auteur…Coup d’essai, coup de maître ? 
Je ne suis pas un lecteur habituel de polars, mais l’été, la plage, le besoin de s’évader…pourquoi pas. 
Hasard des « rencontres littéraires » sur un présentoir : il faut être un peu fou pour vouloir s’évader depuis la plage et son soleil vers Détroit, ville au passé industriel florissant, ville aujourd’hui en déclin que les entreprises désertent, ville qui connut des émeutes noires meurtrières, et qui a enregistré une baisse importante de sa population. Les maisons à l’abandon sont nombreuses et resteront invendues, la ville est en faillite, à la suite de la crise des subprimes.
Bref une ville triste, noire, un cadre violent tout à fait adapté à un polar parfaitement décrit par Jérôme Loubry

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Philippe Lançon

  • «  La critique me permet-elle de lutter contre l’oubli ? Bien sûr que non. J’ai vu bien des spectacles et lu bien des livres dont je ne me souviens pas, même après leur avoir consacré un article, sans doute parce qu’ils n’éveillaient aucune image, aucune émotion véritable. Pire : il m’arrive souvent d’oublier que j’ai écrit dessus. Quand par hasard l’un de ces articles fantômes remonte à la surface, je suis toujours un peu effrayé, comme s’il avait été écrit par un autre qui porterait mon nom, un usurpateur. Je me demande alors si je n’ai pas écrit pour oublier le plus vite possible ce que j’avais vu ou lu, comme ces gens qui tiennent leur journal pour débarrasser quotidiennement leur mémoire de ce qu’ils ont vécu. Je me le demandais, du moins, jusqu’au 7 janvier 2015. » (Le LambeauP. 12)
  • « C’était la littérature, non la fiction, qui m’aidait. Je n’avais plus guère la force d’en lire, mais je restais occupé par son lent souvenir, moi qui ne parvenais plus à sentir les souvenirs de la vie. Ses pays éloignés m’obligeaient à ne rien subir, ni image ni son ni corps. Ils m’aidaient à refaire, parallèlement à mon visage et à mon corps, les personnages qui l’habitaient, et qui avaient à peine besoin de leur berceau textuel pour vivre ici, dans ma chambre, comme des anges gardiens. » (Le Lambeau – P. 386)

« Le lambeau » – Philippe Lançon

Le lambeau« ….ce matin-là comme les autres, l’humour, l’apostrophe et une forme théâtrale d’indignation étaient les juges et les éclaireurs, les bons et les mauvais génies, dans une tradition bien française qui valait ce qu’elle valait, mais dont la suite allait montrer que l’essentiel du monde lui était étranger.. » (P. 51)
Ce matin du 7 janvier 2015, la conférence de rédaction de Charlie était bien avancée, tout le monde rigolait..des bruits de pétards pas assourdissants, et Philippe Lançon reprend conscience, couché par terre. Silence….Il voit des bouts de salle, « le crâne éclaté de Bernard Maris » à ses côtés, une secrétaire arrive affolée.
Dans la bouche de Philippe des dents se promènent.. Il ne peut parler et est incapable de bouger, et n’a pas encore de douleurs. Ses seules préoccupations : Que sont devenus les autres, ou est son téléphone, son vélo ?

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« Les ombres de l’Araguaia » – Guiomar de Grammont

Les ombres de l'AraguaiaLeonardo était l’un de ces étudiants utopistes qui, au cours des années soixante-dix, ont tenté de lutter, aux côtés de paysans contre le régime brésilien en participant à la Guérilla de l’Araguaia… il était l’un de « ces jeunes engagés dans le militantisme étudiant peu avant d’entrer dans la clandestinité »
Aujourd’hui le fils est absent, il n’a pas rejoint sa famille…Sa sœur, qui était encore gamine à l’époque, a grandi dans ce manque, aux cotés de ses parents..Ce manque a lourdement affecté la vie familiale, le père se réfugia dans le silence et la fabrication de jouets pour Sofia, alors que la mère ne vivait que dans l’espoir d’un retour. 
A la mort du père dans les années quatre vingt-dix, Sofia reprend les recherches qu’il avait entreprises en ne négligeant aucune piste, aucune rencontre. Elle s’appuie un cahier assez mystérieux transmis par un ami et écrit à la fois par un homme et une femme. Lire la suite