« L’abattoir de verre » – John Maxwell Coetzee

L'abattoir de verreSept petits textes, sept petites nouvelles indépendantes les uns des autres écrites entre 2003 et 2017. Indépendantes en apparence….
Mais un personnage récurrent, une vieille dame nommée à trois reprises, Elisabeth Costello, personnage qu’on retrouve dans l’un des titres de Coetze, qu’il me reste à découvrir. J’aurais sans doute mieux apprécié la pensée et le projet de l’auteur dans « L’abattoir de verre » si j’avais mieux connu cette vieille dame, ce personnage de l’auteur. J’aurais ainsi sans doute disposé de meilleurs repères !
Toutes ces nouvelles prises dans le hasard des jours ont pour thème le temps qui passe, les menus désagréments qui gâchent la vie, la dégénérescence du corps et de l’esprit, l’angoisse de la mort, le besoin de profiter de chaque moment, de chaque occasion. 

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« Un océan, deux mers, trois continents » – Wilfried N`Sondé

Un océan, deux mers, trois continentsCertains livres ont le don de vous happer dès les premières pages, de vous couper du monde et de vous plonger dans l’Histoire, dans la honte et le sublime. « Un océan, deux mers, trois continents » fait partie de ces livres que j’ai eu de la peine à refermer, en fin de journée.
Nsaku Ne Vunda, gamin né au bord du fleuve Kongo à la fin du XVIème siècle fut élevé par des missionnaires catholiques, blancs et devint l’un des premiers prêtres noirs. 
Le roi des Bakongos, le charge d’aller plaider la cause des Noirs devant le pape, de partir pour l’alerter du crime que connaissait alors le peuple de son pays, le Kongo, crime commis par des blancs, des portugais, des espagnols, qui trouvaient là une importante source de profits en vendant au delà des mers une main d’oeuvre bon marché, celle des esclaves… 

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« Les mains du miracle » – Joseph Kessel

Les mains du miracleCe n’est pas le livre qui vient spontanément à l’esprit quand on évoque Kessel, et pourtant…quelle claque ! Je suis encore sur le coup de l’émotion. Si un autre l’avait écrit, on aurait crié à l’affabulation, à la contre-vérité…Mais venant de Kessel ! Quand même !
Tout le monde a entendu parler d’Himmler, ce fou, cet homme -mais est-ce vraiment un homme ou plutôt un monstre- responsable de la mort de millions de Juifs, de la torture de milliers d’hommes et de femmes opposants politiques ou résistants, responsable de tous ces camps, de toutes ces déportations…de cette horreur, un homme commandant les SS
Jamais je n’avais entendu parler de Félix Kersten, ce médecin qui chaque jour ou presque soignait Himmler, calmait les douleurs insupportables qui lui tenaillaient le ventre.
Quoi ? un salaud de plus ? D’autres médecins, les médecins de la mort, « Les médecins Maudits » décrits par Christian Bernadac, ces médecins qui officiaient au nom de la science nazie dans les camps et menaient des expérimentations monstrueuses sont beaucoup plus connus par la littérature que Kersten.

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« Cinq branches de coton noir » – Yves Sente / Steve Cuzor

Cinq branches de coton noirIl est bon de rappeler certaines vérités historiques, notamment lorsqu’on va célébrer le 75ème anniversaire du débarquement américain en Normandie. Il est bon aussi de jouer de l’Histoire, de la grande Histoire, pour nous distraire, nous faire rêver… « Cinq branches de coton noir » est construit entièrement autour de ces vérités qui peuvent déranger et du roman…
Roman dont on cherche une fois la dernière page tournée à vérifier la part de vérité.
La bande dessinée est également construite autour de deux périodes, Janvier 1776 à Philadelphie, période de proclamation de l’Indépendance des États-Unis et du premier drapeau américain et juin 1944, date du débarquement en Normandie…deux périodes qui alternent agréablement au fil des pages

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« L’homme de Kiev » – Bernard Malamud

L'HOMME DE KIEVZhenia Golov, un gamin âgé de 12 ans est retrouvé sauvagement assassiné par deux autres gamins. Son corps criblé de coups de couteau avait été saigné à blanc. 
« Les Juifs » sont montrés du doigt….
Yakov Shepsovitch Bot, un homme simple, vivant de petits boulots, a été abandonné par son épouse infidèle, alors il part vers la grande ville, vers Kiev dans sa vieille charrette déglinguée tirée par son vieux cheval pour chercher du travail. Il accepte tout, il sait tout faire, notamment réparer tout ce qui est cassé. D’ailleurs il est « Le Réparateur ». 
Yacov n’est pas un homme inculte, il aime lire Spinoza
Il sauve un vieil homme riche, Nicolai Maximovitch Lebedev, qui s’était affalé dans la neige. Reconnaissant le vieil homme lui proposera de remettre en état un appartement qu’il loue, puis de surveiller sa briqueterie afin de réduire les vols de briques… Yakov se méfie de cet homme qui arbore l’insigne des « Cent-Noirs » épinglé à son manteau…l’insigne d’une groupe ouvertement antisémite et raciste.
Yacov est juif, il a besoin de travailler et malgré les risques qu’il encourt, il accepte ces deux propositions. Et donne toute satisfaction, sauf aux ouvriers et contremaîtres de l’usine…il gêne leurs petits trafics . 

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« Idiss » – Robert Badinter

Idiss« Il est simplement le récit d’une destinée singulière à laquelle j’ai souvent rêvé. »….écrira Robert Badinter sur la 4ème de couverture du livre….la destinée d’une grand-mère, Idiss, qui a certainement forgé une partie d’une autre destinée, celle de Robert Badinter…
Que d’émotions, que d’humanité dans ces deux destinées…Oui, j’admire cet homme, ses combats, ces engagements, sa culture. Un homme réservé. Tout simplement un Homme, à mes yeux. 
Il m’a ému lorsque j’ai visionné en replay, quelques jours après, l’émission « La grande librairie », et ému lors de cette lecture. Je n’avais pu l’écouter en direct.
Cruauté d’une vie, dans cette Bessarabie qui chassait le Juif, cet Ydishland, qui parquait les juifs, qui les écartait de la culture, et même de l’enseignement, seuls quelques uns pouvant sortir de cette condition de misère. Et pourtant le Tsar, acceptait et même imposait à ces Juifs de faire la guerre pour son compte. 

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« Un loup pour l’homme » – Brigitte Giraud

Un loup pour l'hommeUne amie me l’avait conseillé, vivement conseillé…Après 5 lignes, j’ai failli le lâcher. 
Dès la première page j’ai été « bousculé » par l’attitude  qui me semblait irréaliste du « médecin [qui] ne voit aucune raison d’interrompre la grossesse » de Lila, parce qu’Antoine son mari est appelé en Algérie en qualité de bidasse. « Elle est en parfaite santé, elle est jeune »
Certes les médecins avaient depuis 1955 la possibilité de faire pratiquer ou de pratiquer des avortements thérapeutiques mais le sujet demeurait encore tabou, et interdit par les mœurs, et la loi sur de très nombreux points. Seules les « faiseuses d’anges » dont les noms et adresses s’échangeaient sous le manteau, réglaient les erreurs dues à la méthode de calcul d’Ogino, « père » de si nombreux enfants….. Le médecin ne pouvait nullement fonder sa décision sur la seule jeunesse et la seule santé de la maman, qui n’étaient pas les seuls critères pris en compte…un peu trop rapide à mon goût !

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Dezsö Kosztolányi

  • « L’écrivain est le plus infidèle des amants. Ce qu’un jour il touche, il l’abandonne à tout jamais, après l’avoir abîmé, brûlé, rendu inutilisable pour la vie. Aussi l’oublie-t-il pour toujours. Rien ne l’ennuie davantage que ce qu’il a déjà vécu. Crée-t-il quelque chose qu’il le tue par là même aussitôt. De ce fait il ressemble au menuisier qui abat un arbre vivant, le débite, en fait des planches dont il fabrique des meubles. » (Texte : Quelqu’un – Cinéma muet avec battements de cœur – P. 81)
  • « Ce n’est pas le respect des mots que j’enseignerais en premier à mes élèves. Les mots, de toute façon, on n’en manquera jamais. Je leur enseignerais à mépriser les mots faux et vides, ainsi seulement ils pourraient, plus tard, apprécier les mots pleins et vrais. » (Texte : Deux ou trois choses à propos de l’écriture – Cinéma muet avec battements de cœur – P. 84)