Amos Oz

« Des livres, en revanche, on en avait à profusion, les murs en étaient tapissés, dans le couloir, la cuisine, l’entrée, sur les rebords des fenêtres, que sais-je encore ? Il y en avait des milliers, dans tous les coins de la maison. On aurait dit que les gens allaient et venaient, naissaient et mouraient, mais que les livres étaient éternels. Enfant, j’espérais devenir un livre quand je serais grand. Pas un écrivain, un livre : les hommes se font tuer comme des fourmis. Les écrivains aussi. Mais un livre, même si on le détruisait méthodiquement, il en subsisterait toujours quelque part un exemplaire qui ressusciterait sur une étagère, au fond d’un rayonnage dans quelque bibliothèque perdue, à Reykjavik, Valladolid ou Vancouver ». (P. 42 – « Une histoire d’amour et de ténèbres »)

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Françoise Houdard

« Tu vois, Garçon, ils sont tous là mes livres. Je n’en ai jamais jeté un seul, même piqué d’humidité. Je ne les ai pas tous lus, loin s’en faut. Mais les avoir là, autour de moi, va m’a toujours rassurée. Ils sont là, dans la maison, comme des présences invisibles mais bienveillantes   Je ne me sens jamais seule au milieu d’eux. J’en prends un au hasard, parfois. Je feuillette pour trouver le nom d’un personnage qui m’accompagnera toute la journée. Je lui parle. Jeanloup dit que ça me rend un peu fada toutes ces lectures. » (P.37 – Retour à Domme)

Richard Wright

« J’avais soif de livres, de nouvelles façons de voir et de concevoir. L’important n’était pas de croire ou de ne pas croire à mes lectures, mais de ressentir du neuf, d’être affecté par quelque chose qui transformât l’aspect du monde. »(P. 336 – Black Boy)

« Je recommençais à lire et à m’émerveiller comme seul peut lire et s’émerveiller le naïf et l’illettré, avec l »impression que je tramais chaque jour avec moi un criminel fardeau » (P. 339 – Black Boy)   Lire la suite

Maxence Fermine

« Écrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n’est pas de s’élever du sol et de tenir en équilibre, aide du balancier de sa plume sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus d’aller tout droit , en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou que l’obstacle d’un point. Non, le plus difficile pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du verbe.  » (Neige  – P. 80-81)

Amin Maalouf

« Si nous tenons à préserver la paix nos villes, dans nos quartiers, comme sur l’ensemble de la planète, si nous souhaitons que la diversité humaine se traduise par une coexistence harmonieuse plutôt que par des tensions génératrices de violence, nous ne pouvons plus nous permettre de connaître «les autres» de manière approximative, superficielle, grossière. Nous avons besoin de les connaître avec subtilité, de près, je dirais même dans leur intimité. Ce qui ne peut se faire qu’à travers leur culture. Et d’abord à travers leur littérature. L’intimité d’un peuple, c’est sa littérature. C’est là qu’il dévoile ses passions, ses aspirations, ses rêves, ses frustrations, ses croyances, sa visions du monde qui l’entoure , sa perception de lui-même et des autres y compris de nous-mêmes. Parce qu’en parlant des «autres» il ne faut jamais perdre de vue que nous-mêmes, qui que nous soyons, nous sommes aussi «les autres» pour tous les autres »  ( « Le dérèglement du monde » – P. 206)

« Même à celui qui possède tout, on peut toujours offrir un vieux livre » (« Les échelles du Levant«  – P. 48) 

Milan KUNDERA

« Pour Teresa, le livre était le signe de reconnaissance d’une fraternité secrète. Contre le monde de la grossièreté qui l’entourait, elle n’avait en effet qu’une seule arme : les livres qu’elle empruntait à la bibliothèque municipale ; surtout des romans : elle en lisait des tas de Fielding à Thomas Man. Ils lui offraient une chance d’évasion imaginaire en l’arrachant à une vie qui lui apportait aucune satisfaction, mais ils avaient aussi un sens pour elle en tant qu’objets : elle aimait se promener dans la rue avec des livres sous le bras. Ils étaient pour elle ce qu’était la canne élégante pour le dandy du siècle dernier. Ils la distinguaient des autres » ( « L’insoutenable légèreté de l’être » – P. 63)

« C’est à l’hôpital que j’ai commencé à classer les livres en deux catégories : les diurnes et les nocturnes. C’est vrai, il y a des livres pour les jours et des livres qu’on ne peut lire que la nuit » (« L’insoutenable légèreté de l’être » – P. 135)

Laurent BINET

« Un roman n’est pas un rêve, on peut mourir dans un roman. Ceci dit, normalement on ne tue pas le personnage principal, sauf éventuellement à la fin de l’histoire. Mais si jamais c’était à la fin de l’histoire, comment le saurait-il ? Comment savoir à quelle page de sa vie on est ? Comment savoir quand notre dernière page est arrivée ? » ( « La septième fonction du langage » –  P. 401)