Archives de Catégorie: Pensées d’auteurs
Kari Hotakainen
« Un livre est une sorte d’hybride de vache et de cochon qui engloutit, rumine et digère d’énormes tranches de vie. À l’issue du processus, il en ressort, par l’autre bout, à l’intention des lecteurs, un épais et solide boudin entouré d’un boyau d’origine naturelle, une sorte de charcuterie bio de première qualité. » (« La part de l’homme » – P. 21-22)
Ta-Nehisi Coates
« Je dévorais les livres. Ils étaient comme des rais de lumière dans l’encadrement d’une porte et peut-être pouvait-on accéder à un autre monde derrière cette porte, un monde hors de portée de la peur paralysante qui sous-tendait le Rêve. » (« Une colère noire – Lettre à mon fils » – P. 57)
« J’étais fait pour la bibliothèque, pas pour la salle de classe. La salle de classe était une prison, construite pour d’autres intérêts que les miens. La bibliothèque était ouverte, infinie, libre. » (« Une colère noire – Lettre à mon fils »– P. 73)
Dany Laferrière
Francisco Coloane
« Je ne peux pas non plus m’expliquer comment j’ai appris rapidement à lire et à écrire. C’est ce qui m’arrive quand j’écris une nouvelle ou un roman. Tantôt je le fais avec bonheur et enthousiasme, tantôt avec effort et ennui. Et si ce que j’écris me barbe, j’abandonne très vite, car je pense que cela barbera également le lecteur. C’est pourquoi la littérature n’a pas été pour moi aussi indispensable qu’on pourrait le penser. Je peux parfaitement vivre sans elle, surtout si je n’ai pas la liberté d’exprimer ce que je ressens. » (« Le Passant du bout du monde » – P. 38) Lire la suite
Arthur Koestler
- « Je lis avec ferveur, dévotement – et très lentement. Un quart au moins des mots m’échappait et, n’ayant apte dictionnaire, j’étais obligé de réfléchir au sens de chaque phrase. Mais cela ne faisait qu’augmenter mon plaisir. J’apprenais de nouveau à lire, avec une concentration depuis longtemps oubliée sur chaque phrase, chaque adjectif ; je me sentais comme un homme longtemps alité, qui apprend à remarcher avec une conscience aiguë du jeu des muscles. J’imaginais que les Romains lisaient ainsi, quand les livres étaient écrits à la main sur de longs rouleaux de parchemin ; dévotement, phrase par phrase, quelques pouces du rouleau chaque jour, de manière à garder le reste pour le lendemain. Lorsque les écrivains étaient obligés d’utiliser ces rouleaux de parchemin, ils savaient avec quelle attention les gens les lisaient et avaient confiance en leurs lecteurs. De nos jours, les lecteurs peuvent avoir confiance dans l’écrivain, mais les auteurs n’ont aucune confiance dans le lecteur. » (« Dialogue avec la mort – Un testament espagnol » – P. 161)
- « J’ai toujours pensé que dans l’administration de la divine Providence, un service spécial tout entier veille à ce que le livre qui convient tombe à point nommé entre les mains d’un lecteur. » (« Dialogue avec la mort – Un testament espagnol » – P. 161)
Aharon Appelfeld
« La littérature, si elle est littérature de vérité est la musique religieuse que nous avons perdue. La littérature contient toutes les composantes de la foi : le sérieux, l’intériorité, la musique et le contact avec les contenus enfouis de l’âme. » (Histoire d’une vie – P. 127)
« Un véritable écrivain écrit à partir de lui-même et la plupart du temps sur lui-même, et si ses propos ont un sens, c’est parce qu’il est fidèle à lui-même, à sa voie, à son rythme. Les généralités, le sujet ne sont que des sous-produits de l’écriture, non son essence. » (Histoire d’une vie – P. 136)
« Un homme n’est pas un écrivain simplement parce qu’il a un certain talent pour l’écriture. Si tu n’es pas relié aux parents, aux grands-parents, et à travers eux à ta tribu, tu es un écrivaillon mais pas un grand écrivain. La littérature russe est juste et grande car elle est reliée aux croyances du peuple russe. L’écrivain russe de méprise pas les icônes, lui-même s’agenouille et supplie : « Jésus, père de ceux qui souffrent, sauve-moi aussi » » (L’amour soudain – P 70)
Elie Wiesel
« Sais-tu la différence entre l’écrivain et le journaliste ? Le journaliste se définit par ce qu’il dit, et l’écrivain parce qu’il tait. » (« Le cas Sonderberg » – P. 79)
« La vérité du journaliste n’est pas celle du philosophe. Le premier cherche les faits, le dernier s’intéresse à ce qui les dépasse. » (« Le cas Sonderberg » – P.90)
Luis Sepúlveda
« Il n’est pas de plus grande satisfaction que de recommander un livre que l‘on aime, que l’on relit souvent en accomplissant le rituel du choc de deux états d’esprit -ainsi que Papa Ernest définissait l’acte de lire – et en quittant ses pages avec l’agréable sensation d’avoir rendu visite à un ami chez qui les portes sont toujours ouvertes et où se trouve une gourde débordante de vin, d’amitié et d’histoires. » (« Une sale histoire – Sur le vieil homme et la mer – P. 56)
Erik Orsenna
« Dans mon amitié pour le gros livre, j’ai des rivaux : les termites. Semaine après semaine, ils forent et rongent. Je ne résiste pas comme il faudrait. Un scrupule d’enseignante m’en empêche. Comment interdire aux insectes la découverte du langage ? Ma faiblesse a des conséquences : certains mots ont déjà disparu, remplacés par des vides dentelés.(« Madame Bâ » – P. 87)

