Luca Di Fulvio

« Voilà, maintenant essaie d’imaginer ! Pour le moment ce n’est qu’un morceau de papier blanc. Rien d’autre. Mais sur cette page, toi tu peux inscrire tes mots. Et tes mots font naître un personnage. Un homme, une femme, un enfant….Tu vas attribuer un destin à ce personnage. Gloire, tragédie, succès ou défaite. Ensuite un cinéaste viendra. Ainsi qu’un acteur. Tes mots seront filmés. Et alors, dans une salle perdue de…..je ne sais pas, moi – pense un peu à un endroit de merde, au trou du cul du monde – …eh bien, dans cette salle, il y a des gens qui vivront le destin que tu as créé, ils le percevront comme le leur et ils croiront être là, dans ce lieu vrai mais imaginaire qui est sorti d’ici, de cette feuille….[….] C’est ça qu’on te demande. Les règles ne sont là que pour organiser le rêve. » (« Le gang des rêves »– P. 615)
 
« Il dit se rendre à l’évidence : bâtir une histoire, c’était bien autre chose que raconter une trame, et construire des personnages en les faisant interagir de manière vraisemblable, c’était beaucoup plus compliqué qu’esquisser quelques portraits [….]. Savoir inventer des personnages qui aient l’air vivant n’était pas la garantie de pouvoir organiser une histoire qui soit elle-même pleine de vie. » (« Le gang des rêves »– P. 660)

Kari Hotakainen

« Un livre est une sorte d’hybride de vache et de cochon qui engloutit, rumine et digère d’énormes tranches de vie. À l’issue du processus, il en ressort, par l’autre bout, à l’intention des lecteurs, un épais et solide boudin entouré d’un boyau d’origine naturelle, une sorte de charcuterie bio de première qualité. » (« La part de l’homme » – P. 21-22)

Ta-Nehisi Coates

« Je dévorais les livres. Ils étaient comme des rais de lumière dans l’encadrement d’une porte et peut-être pouvait-on accéder à un autre monde derrière cette porte, un monde hors de portée de la peur paralysante qui sous-tendait le Rêve. » (« Une colère noire – Lettre à mon fils » – P. 57)

« J’étais fait pour la bibliothèque, pas pour la salle de classe. La salle de classe était une prison, construite pour d’autres intérêts que les miens. La bibliothèque était ouverte, infinie, libre. » (« Une colère noire – Lettre à mon fils »– P. 73)

Dany Laferrière

« J’ai toujours pensé
Que c’était le livre qui franchissait
Les siècles pour parvenir jusqu’à nous.
Jusqu’à ce que je comprenne
En voyant cet homme
Que c’est le lecteur qui fait le déplacement.
Ne nous fions pas trop à cet objet couvert de signes
Que nous tenons en main
Et qui n’est là que pour témoigner
Que le voyage a bien eu lieu. » (« L’énigme du retour » – P. 32)

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Francisco Coloane

« Je ne peux pas non plus m’expliquer comment j’ai appris rapidement à lire et à écrire. C’est ce qui m’arrive quand j’écris une nouvelle ou un roman. Tantôt je le fais avec bonheur et enthousiasme, tantôt avec effort et ennui. Et si ce que j’écris me barbe, j’abandonne très vite, car je pense que cela barbera également le lecteur. C’est pourquoi la littérature n’a pas été pour moi aussi indispensable qu’on pourrait le penser. Je peux parfaitement vivre sans elle, surtout si je n’ai pas la liberté d’exprimer ce que je ressens. » (« Le Passant du bout du monde » – P. 38) Lire la suite

Arthur Koestler

  • « Je lis avec ferveur, dévotement – et très lentement. Un quart au moins des mots m’échappait et, n’ayant apte dictionnaire, j’étais obligé de réfléchir au sens de chaque phrase. Mais cela ne faisait qu’augmenter mon plaisir. J’apprenais de nouveau à lire, avec une concentration depuis longtemps oubliée sur chaque phrase, chaque adjectif ; je me sentais comme un homme longtemps alité, qui apprend à remarcher avec une conscience aiguë du jeu des muscles. J’imaginais que les Romains lisaient ainsi, quand les livres étaient écrits à la main sur de longs rouleaux de parchemin ; dévotement, phrase par phrase, quelques pouces du rouleau chaque jour, de manière à garder le reste pour le lendemain. Lorsque les écrivains étaient obligés d’utiliser ces rouleaux de parchemin, ils savaient avec quelle attention les gens les lisaient et avaient confiance en leurs lecteurs. De nos jours, les lecteurs peuvent avoir confiance dans l’écrivain, mais les auteurs n’ont aucune confiance dans le lecteur. » (« Dialogue avec la mort – Un testament espagnol » – P. 161)
  • « J’ai toujours pensé que dans l’administration de la divine Providence, un service spécial tout entier veille à ce que le livre qui convient tombe à point nommé entre les mains d’un lecteur. » (« Dialogue avec la mort – Un testament espagnol » – P. 161)

Aharon Appelfeld

« La littérature, si elle est littérature de vérité est la musique religieuse que nous avons perdue. La littérature contient toutes les composantes de la foi : le sérieux, l’intériorité, la musique et le contact avec les contenus enfouis de l’âme. » (Histoire d’une vie – P. 127)

« Un véritable écrivain  écrit à partir de lui-même et la plupart du temps sur lui-même, et si ses propos ont un sens, c’est parce qu’il est fidèle à lui-même, à sa voie, à son rythme. Les généralités, le sujet ne sont que des sous-produits de l’écriture, non son essence. » (Histoire d’une vie – P. 136)

« Un homme n’est pas un écrivain simplement parce qu’il a un certain talent pour l’écriture. Si tu n’es pas relié aux parents, aux grands-parents, et à travers eux à ta tribu, tu es un écrivaillon mais pas un grand écrivain. La littérature russe est juste et grande car elle est reliée aux croyances du peuple russe. L’écrivain russe de méprise pas les icônes, lui-même s’agenouille et supplie : « Jésus, père de ceux qui souffrent, sauve-moi aussi » » (L’amour soudain P 70)

“Ne m’enferme pas dans un hospice, je veux mourir près de mes livres. » (L’amour soudain – P. 75)
« Désormais, il sait que la littérature commence avec le puits au-dessus duquel on s’est penché enfant, la peur noire qui vous a étreint à la vue de sa profondeur, avec le chiot qu’on a caressé et dont il s’est avéré qu’il avait la rage, puis avec la course vers la clinique bondée de gens effrayés, d’enfants qui braillent, le médecin qui tient dans sa mains une grande seringue, découvre le ventre tremblant et y plante l’aiguille. » (L’amour soudain – P. 82)
« Les mots qui ne sont pas reliés à une souffrance ne sont pas des mots, mais de la paille. Toutes ces années je suis allé vers des lieux auxquels je n’appartenais pas, vers des mots qui n’étaient pas nés en moi.[….] Des mots qui ne sont pas nés de mes propres douleurs. » (L’amour soudain – P. 103)
« L’écriture doit aller au fait, sans contorsion. Seuls les êtres à l’âme tourmentée ont une écriture sinueuse, brumeuse, il semble toujours qu’ils ont quelque chose à dissimuler. » (L’amour soudain – P. 204)

Elie Wiesel

« Sais-tu la différence entre l’écrivain et le journaliste ? Le journaliste se définit par ce qu’il dit, et l’écrivain parce qu’il tait. » (« Le cas Sonderberg » – P. 79)

« La vérité du journaliste n’est pas celle du philosophe. Le premier cherche les faits, le dernier s’intéresse à ce qui les dépasse. » (« Le cas Sonderberg » – P.90)

Luis Sepúlveda

« Il n’est pas de plus grande satisfaction que de recommander un livre que l‘on aime, que l’on relit souvent en accomplissant le rituel du choc de deux états d’esprit -ainsi que Papa Ernest définissait l’acte de lire – et en quittant ses pages avec l’agréable sensation d’avoir rendu visite à un ami chez qui les portes sont toujours ouvertes et où se trouve une gourde débordante de vin, d’amitié et d’histoires. » (« Une sale histoire – Sur le vieil homme et la mer – P. 56)

Erik Orsenna

« Dans mon amitié pour le gros livre, j’ai des rivaux : les termites. Semaine après semaine, ils forent et rongent. Je ne résiste pas comme il faudrait.  Un scrupule d’enseignante m’en empêche. Comment interdire aux insectes la découverte du langage ? Ma faiblesse a des conséquences : certains mots ont déjà disparu, remplacés par des vides dentelés.(« Madame Bâ » – P. 87)